jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2403729 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SERGENT CHLOE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 4 juin et 3 juillet 2024, sous le n° 2403149, M. A B, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 16 février 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de
200 euros par jour de retard et, dans l'attente du réexamen de sa demande, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation en droit et en fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article
L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
Une ordonnance du 8 juillet 2024 a fixé la clôture de l'instruction au 6 août 2024 à 12h00, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.
II. Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, sous le n° 2403729, M. A B représenté par Me Sergent demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence à Perpignan pour un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler et de lui restituer son passeport dans un délai de cinq jours ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de
200 euros par jour de retard et dans l'attente du réexamen de sa demande, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler et de lui restituer son passeport dans un délai de cinq jours ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant refus de départ volontaire :
- elle méconnait les articles L. 612-2 3° et L. 612-3 2° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour :
- elle méconnait les articles L. 612- 6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant assignation à résidence :
- l'assignation à résidence pour un an méconnait les articles L. 731-3 du code et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Une ordonnance du 8 juillet 2024 a fixé la clôture de l'instruction au 6 août 2024 à 12h00, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Souteyrand a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 10 octobre 1988, est entré en France en 2021 muni de son passeport et d'un visa valable jusqu'au 24 novembre 2022. Le
16 octobre 2023, il a sollicité son admission au séjour au regard de sa vie privée et familiale. Une décision implicite de refus est née le 16 février 2024, suivi d'un arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence à Perpignan pour un an. Par ses requêtes, M. B en demande l'annulation, ainsi que celle de la décision implicite née le 16 février 2024 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour.
2. Il y a lieu de statuer par une même décision sur ces deux requêtes qui ont fait l'objet d'une instruction commune.
Sur les conclusions en annulation de la décision implicite portant refus de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 232-4 du code précité dispose enfin que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas répondu à la demande de titre de séjour de M. B et qu'en conséquence une décision implicite de rejet est née le 16 février 2024 en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la demande présentée le 16 octobre 2023. Or, par son conseil, l'intéressé a demandé au préfet, par un courrier daté du 17 février 2024 adressé par voie électronique auquel la préfecture a accusé réception, la motivation de cette décision et il est constant que le préfet n'y a pas répondu. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli et il y a lieu d'annuler la décision attaquée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté du 2 juillet 2024 :
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B avait présenté, avant la date de la décision attaquée, une demande d'admission au séjour reçue et déclarée complète par la préfecture des Pyrénées-Orientales le 16 octobre 2023. Pourtant par l'arrêté en litige, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a notamment obligé à quitter sans délai le territoire français, sans statuer sur cette demande présentée en qualité de conjoint d'une étrangère en situation régulière avec laquelle il a deux enfants nés le 10 octobre 2020, ni même l'évoquer. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que cette obligation de quitter le territoire est intervenue en l'absence d'un examen complet de sa situation personnelle. Il y a lieu d'annuler cette décision pour ce motif et, par voie de conséquence les décisions fixant le pays de renvoi, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'assignant à résidence à Perpignan pour un an.
6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 2 juillet 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
8. Le présent jugement, qui annule l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B, ainsi que la décision implicite portant refus de séjour, implique nécessairement que lui soit délivrée, sous un mois, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que le préfet des Pyrénées-Orientales statue sur sa demande d'admission au séjour présentée initialement le 12 octobre 2023, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais en litige :
9. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E:
Article 1er : La décision implicite du 16 février 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, ensemble l'arrêté du 2 juillet 2024, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer la demande de
M. B et, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseure la plus ancienne,
A. Bayada La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 3 octobre 2024.
La greffière,
M-A. Barthélémy
N° 2403149
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026