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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403912

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403912

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 10 juillet et 22 août 2024, M. A B, représenté par Me Rosé, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision du 27 mars 2024 du préfet de l'Hérault qui refuse d'enregistrer sa demande d'admission au séjour;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa demande de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à payer à son avocat en application des articles 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;

- la décision est entachée d' un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit sur le caractère abusif et dilatoire de la nouvelle demande, qui porte sur la vie privée et familiale, articles L. 435-1 et L. 423-23 du code, alors que le premier refus était fondé sur le retrait du statut de réfugié et l'ordre public ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet ne pouvait se fonder sur une menace à l'ordre public, qui n'existe pas, et consulter le fichier des antécédents judiciaires.

Le requérant a demandé l'aide juridictionnelle le 30 avril 2024.

Par mémoire, enregistré le 7 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours et soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté et les observations de Me Dilly Pillet, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridique provisoire :

1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. B au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande d'annulation :

2. M. B, ressortissant serbe né le 19 avril 1972, a fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour du préfet de Saône et Loire le 29 novembre 2023, notifié le lendemain, et d'un arrêté du 26 mai 2024 du préfet de la Moselle qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de renvoi, et une interdiction de retour de deux ans. Il demande d'annuler la décision du 27 mars 2024 du préfet de l'Hérault qui refuse d'enregistrer sa demande d'admission au séjour, au motif du caractère dilatoire de la demande, les documents communiqués ne présentant pas d'éléments nouveaux à ceux présentés devant le préfet de Saône et Loire.

3. Le signataire de la décision, M. C D, sous-préfet de Béziers, disposait d'une délégation de signature du préfet de l'Hérault pour signer tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 9 octobre 2023 publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire sera écarté.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance () de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Il résulte de ces dispositions combinées à celles de l'article R. 431-2 du même code organisant les modalités d'accueil en préfecture, que l'attestation de dépôt n'est que la constatation matérielle de la remise de la demande de titre et se distingue du récépissé qui ne peut être délivré que si la demande s'avère complète et sous réserve qu'elle ne présente pas de caractère abusif. Le caractère abusif doit ressortir de la reconduction pure et simple des motifs de fait ou de droit appuyant la prétention du demandeur. Tel n'est pas le cas s'il est produit des éléments nouveaux nécessitant que le droit au séjour soit apprécié au terme d'une nouvelle instruction. Il ressort de l'examen de la décision du 29 novembre 2023 du préfet de Saône et Loire que le refus de renouvellement du titre de séjour est fondé sur les condamnations pénales et le trouble à l'ordre public représenté par l'intéressé. Si celui-ci produit sa demande de séjour au préfet de l'Hérault du 3 novembre 2023 qui est relative à sa vie privée et familiale, ces éléments avaient été portés à la connaissance du préfet de Saône et Loire. Par suite, en estimant la demande dilatoire, le préfet de l'Hérault n'a commis ni erreur de droit ni défaut d'examen.

5. Eu égard aux constats opérés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant. Il en est de même du moyen tiré du fait que le préfet ne pouvait se fonder sur une menace à l'ordre public, et consulter le fichier des antécédents judiciaires, circonstances qui ne fondent pas la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles relatives aux articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent aussi être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Rosé et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 30 août 2024 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

M. Lafay, premier conseiller,

Mme Pastor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseur le plus ancien,

L.N. Lafay

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 septembre 2024.

La greffière,

E. Tournier

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