lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2403923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | GROS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 13 juillet 2024, M. D B, représenté par Me Gros, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et assortie d'une interdiction de retour d'une durée de cinq ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'auteur de l'arrêté contesté n'est pas compétent faute de délégation régulièrement publiée ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée notamment au regard de son état de santé ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'interdiction de retour :
- compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle est dépourvue de fondement juridique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Serfaty, Venutti, Camacho et Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Teuly-Desportes, première conseillère, pour statuer notamment sur les recours relevant de la procédure aux articles L. 614-4 à L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;
- et les observations de Me Gros, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux et que la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;
- et les observations de M. B, assisté de M. F, interprète en langue arabe.
- le préfet des Alpes-Maritimes, régulièrement convoqué, n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, né en 2000, connu également sous ce même nom, orthographié différemment et accolé à une autre date de naissance ou de M. A, et entré en France en 2017, alors qu'il était mineur, selon ses déclarations, a été condamné à neuf reprises entre 2018 et 2021 notamment pour des faits de vols avec violence et des faits de violence. Il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement, les 26 mars 2018, 23 avril 2021 et 23 mai 2022. Il et a été écroué, le 23 août 2021, à la maison d'arrêt de Luynes (Bouches-du-Rhône), puis transféré au centre pénitentiaire de Marseille le 28 avril 2022, au centre de détention de Salon-de-Provence, le 22 mai 2022, et en définitive, à la maison d'arrêt de Grasse (Alpes-Maritimes), le 6 février 2024. Le jour de sa levée d'écrou, le 9 juillet 2024, il s'est vu notifier l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. M. B conteste cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :
3. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Alpes-Maritimes, par Mme C E, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Or, elle dispose d'une délégation de signature à l'effet de signer les mesures d'éloignement, les décisions fixant le pays de destination de ces mesures d'éloignement ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français en vertu d'un arrêté n° 2024-405 du 26 mars 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 77.2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français et comporte donc l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de cette mesure d'éloignement et a permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'était pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant dont il pouvait avoir connaissance, a suffisamment motivé la mesure d'éloignement. Le moyen ainsi soulevé par le requérant doit donc être écarté. Il en va de même du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné, pour la période de 2018 à 2022, à neuf reprises pour des faits de vol parfois avec violence, de violence ou d'usage de stupéfiants dont une condamnation, le 23 août 2021, par le tribunal correctionnel de Marseille à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence en récidive. Eu égard à la gravité et à la multiplicité des faits commis sur une période de cinq années, le préfet des Alpes-Maritimes a pu légalement prononcer à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions citées au point précédent au regard de la menace à l'ordre public que constitue son comportement. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). "
8. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
9. Si M. B soutient qu'il souffre de troubles épileptiques, il n'établit pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge dont le défaut entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pourrait être pris en charge au Maroc. A cet égard, les attestations d'un suivi assuré, sur le plan psychiatrique et psychologique, par la structure de soins ambulatoire aux détenus du centre pénitentiaire d'Aix-Luynes et du centre de détention de Salon-de-Provence, rédigées le 13 décembre 2023, sont insuffisamment probantes. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il devrait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour en application des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni, par là même, que son état de santé fait obstacle à son éloignement.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. M. B n'établit ni la date à laquelle il est entré sur le territoire, ni le caractère habituel de son séjour sur le territoire depuis lors. Il a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement, les 26 mars 2018, 23 avril 2021 et 23 mai 2022 et n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc. Enfin, la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire a pu être retenue à son encontre. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard des buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise.
En ce qui concerne le moyen de légalité soulevé contre la décision fixant le pays de renvoi :
12. D'une part, la décision fixant le pays de renvoi vise, notamment, les articles L. 721-3 et L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérante, expose que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention précitée. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée. Le moyen ainsi soulevé doit être écarté.
13. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
14. M. B ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère personnel des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
15. M. B n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes- Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Gros.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La magistrate désignée,
D. Teuly-DesportesLe greffier,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 15 juillet 2024.
Le greffier,
D. Martinier
N°2403923
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026