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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403927

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403927

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 10 juillet, 10 août, 18 et 19 septembre 2024, M. C D, représenté par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois mois, ensemble la décision du 6 septembre 2024 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer le titre de séjour sollicité, sous astreinte de 1 000 euros par mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas démontrée ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne sa date d'entrée en France ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-4, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 juillet et 21 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Une pièce complémentaire produite pour M. D a été enregistrée le 23 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiquée.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Richard, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 30 août 1989, déclare, sans en justifier, être entré sur le territoire français en octobre 2019. Le 27 mai 2024, il a sollicité un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par arrêté du 6 juin 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté et de la décision du 6 septembre 2024 portant rejet du recours gracieux qu'il a formé contre cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-10-DCRL-478 du 9 octobre 2023, produit au dossier en défense, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. E A, sous-préfet chargé des fonctions de secrétaire général adjoint de la préfecture de l'Hérault, à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation administrative et personnelle du requérant et des conséquences du refus de séjour sur sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit tenant à l'absence d'un examen réel et sérieux de la situation de M. D ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que le préfet de l'Hérault a commis une erreur de fait en indiquant, dans l'arrêté attaqué, son entrée sur le territoire national en juillet 2020 alors qu'il serait arrivé en France en octobre 2019, il n'est toutefois pas en mesure, étant entré irrégulièrement sur le territoire, d'établir la date exacte de son arrivée en France et sa demande de titre de séjour, produite par le préfet de l'Hérault en défense, mentionne une dernière entrée en France en juillet 2020 qui ne saurait, en tout état de cause, être remise en cause par des photographies où il se tient devant des monuments historiques français, qui auraient été prises en 2019.

5. En quatrième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

6. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-marocain n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié en vertu des dispositions de l'article 3 de l'accord. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D, entré irrégulièrement en France, a exercé, sans autorisation de travail, un emploi d'électricien poids lourds du 1er juillet 2020 au 26 juillet 2022 sous contrat à durée indéterminée, auprès de la SAS Distribution Ile de France Transport, en région parisienne, avant de conclure une rupture conventionnelle avec cet employeur puis de signer un autre contrat à durée indéterminée le 2 novembre 2022 avec l'EURL 2VFA " Feu Vert " pour un poste de mécanicien " monteur service rapide " au Crès (34920) qu'il a également occupé sans autorisation de travail. Ces périodes d'emploi salarié ne sauraient constituer, par elles-mêmes, un motif exceptionnel d'admission au séjour, alors même que M. D a donné satisfaction dans les fonctions exercées, qu'il était déclaré par son employeur et qu'il a souscrit ses déclarations de revenus. C'est par suite sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Hérault n'a pas admis le requérant au séjour dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de régularisation.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 : " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " mentionnée au premier alinéa du présent article. / Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. L'étranger ne peut se voir délivrer la carte de séjour temporaire sur le fondement du premier alinéa du présent article s'il a fait l'objet d'une condamnation, d'une incapacité ou d'une déchéance mentionnée au bulletin n° 2 du casier judiciaire. / Par dérogation à l'article L. 421-1, lorsque la réalité de l'activité de l'étranger a été vérifiée conformément au troisième alinéa de l'article L. 5221-5 du code du travail, la délivrance de cette carte entraîne celle de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2 du même code, matérialisée par un document sécurisé. La condition prévue à l'article L. 412-1 du présent code n'est pas opposable. ".

8. Les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir d'appréciation. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-4 à B d'un refus de séjour alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu, contrairement à ce que soutient le requérant, d'examiner sa demande au regard des dispositions de cet article. Par ailleurs, si, à l'occasion de son recours gracieux formé contre l'arrêté du 6 juin 2024, M. D a contesté cette décision en se prévalant des dispositions de l'article L. 435-4, qui constitue, en réalité, un nouveau fondement de sa demande auquel le préfet n'était pas tenu de répondre dans le cadre du recours gracieux dont il était saisi, le requérant, en tout état de cause, ne produit pas les éléments qui permettrait d'établir que le préfet de l'Hérault aurait considéré à tort qu'il ne pouvait prétendre à être admis au séjour en application de ces dispositions, au motif que l'emploi de mécanicien " monteur service rapide " qu'il occupe au sein du centre automobile franchisé " Feu Vert " situé au Crès n'est pas au nombre des métiers en tension dans la région Occitanie, dès lors que, d'une part, il ne démontre pas être titulaire d'une qualification lui permettant de relever de la catégorie d'" ouvrier qualifié " dont il se prévaut et que, d'autre part, les seules attestations du directeur de la région Sud du réseau " Feu Vert " et du gérant du centre automobile où il travaille, selon lesquelles ils rencontrent des difficultés pour recruter du personnel d'atelier, ne permettant pas, par elles-mêmes, de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet, d'autant, au surplus, que l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que les conditions qu'il définit ne sont pas opposables à l'autorité administrative, à laquelle il appartient d'en faire application à titre exceptionnel, dans le cadre de son large pouvoir d'appréciation.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D est célibataire, sans charge de famille, qu'il a vécu jusqu'à l'âge à tout le moins de 30 ans au Maroc où résident ses parents et sa sœur avant d'entrer irrégulièrement en France et y exercer des activités salariées sans y être autorisé. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur sa situation, doivent, dès lors, être écartés.

12. Au regard de ce qui a été exposé aux points précédents, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. Si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation, il n'assortit pas ces moyens des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé.

14. Au regard de ce qui a été exposé aux points précédents, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision interdisant le retour de M. D sur le territoire français pour une durée de trois mois doit être écarté.

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. Eu égard à la durée de la présence alléguée, mais non démontrée, en France du requérant depuis 2019 et à l'absence de liens familiaux sur le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à B de M. D une interdiction de retour dont la durée, fixée à 3 mois, n'apparaît pas disproportionnée.

17. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 du préfet de l'Hérault et de la décision du 6 septembre 2024 portant rejet de son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de l'Hérault et à Me Richard.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,

Mme Aude Marcovici, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024

La présidente-rapporteure,

S. B

L'assesseur la plus ancien,

M. F

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 octobre 2024

La greffière,

C. Arce lr

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