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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404022

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404022

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRUFFEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, contestant l'arrêté préfectoral du 17 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation étant régulière, et a jugé que la décision d'éloignement était fondée sur le rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, conformément aux articles L. 541-1, L. 542-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la légalité de l'obligation de quitter le territoire, de la fixation du pays de destination et de l'interdiction de retour d'un an.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 juillet, 1er août et 14 août 2024, M. D B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée en tant que pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale.

Il soutient que :

Sur le moyen commun aux différentes décisions :

- elles sont entachées d'incompétence.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur de droit, en ce que le préfet s'est cru, à tort, lié par la décision de refus de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne pourrait accéder à un traitement médical approprié en Guinée.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delon, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 août 2024 :

- le rapport de Mme Delon, magistrate désignée,

- et les observations de Me Brulé, substituant Me Ruffel, qui a repris, en les précisant, les moyens présentés par écrit, et celles de M. B.

Le préfet de l'Hérault n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen né le 1er décembre 1998, est entré en France le 18 mai 2023, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 22 février 2024, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 juin 2024. Par un arrêté du 17 juin 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme A C. Par un arrêté du 5 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme A C, adjointe, cheffe de la section asile, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la mesure litigieuse, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le rejet définitif de la demande d'asile de M. B par la Cour nationale du droit d'asile, par une décision du 17 mai 2024 lue en audience publique le 7 juin suivant. Le droit de l'intéressé de se maintenir sur le territoire français ayant pris fin à cette date, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de droit en se fondant sur cette circonstance pour édicter la mesure contestée.

7. En deuxième lieu, M. B fait valoir l'absence de prise en compte par le préfet de son homosexualité et de son état de santé, notamment la circonstance qu'il soit atteint d'hépatite B et de discopathies. Or, M. B ne démontre pas avoir porté à la connaissance du préfet des éléments relatifs à sa privée et à son état de santé en vue d'obtenir un droit au séjour, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

11. Si M. B fait valoir son état de santé, notamment l'hépatite B chronique et les discopathies dont il est atteint, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité le droit au séjour sur le fondement de son état de santé, alors même qu'il ressort des mêmes pièces qu'il a été informé du droit de solliciter un titre de séjour lors du dépôt de sa demande d'asile. Au demeurant, il ne démontre pas en quoi ses pathologies nécessiteraient sa présence sur le territoire français. Par conséquent, et en l'état des pièces versées au dossier, M. B n'établit pas que le préfet de l'Hérault aurait méconnu les dispositions précitées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, il appartient à l'autorité administrative de s'assurer que la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger ne l'expose pas à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. M. B invoque à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées son orientation sexuelle et les risques encourus en Guinée par les homosexuels. Toutefois, et ainsi qu'il a déjà été énoncé, la demande d'asile présentée par M. B a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis confirmée par la Cour nationale du droit d'asile au motif, notamment, que ses déclarations vagues et incohérentes n'ont pas permis de tenir pour établies son orientation sexuelle et les circonstances ayant présidé à son départ de Guinée ni pour fondées ses craintes en cas de retour dans son pays. En l'absence de tout élément nouveau et alors que le requérant ne fait pas état d'éléments précis et circonstanciés sur les traitements inhumains ou dégradants auxquels il aurait été personnellement exposé dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle, la circonstance que l'homosexualité constitue une infraction pénale dans ce pays n'est pas à elle seule de nature à établir la réalité des risques de persécution allégués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. Si M. B fait valoir l'absence de mesure d'éloignement précédente à son égard et la circonstance que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que son entrée sur le territoire français en 2023 demeure récente et qu'il ne conteste pas disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine, en l'espèce son épouse et ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui n'est pas la durée maximale et qui n'est pas en l'espèce disproportionnée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation, dont serait entachée la décision attaquée, doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 juin 2024 du préfet de l'Hérault sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée, La greffière,

E. Delon C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 20 août 2024

La greffière

C. Touzet

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