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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404041

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404041

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 16 juillet et le 16 août 2024, M. G D, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

La demande d'aide juridictionnelle de M. D a été rejetée par une décision du 12 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Bautes, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 2 octobre 1993, étant alors marié avec Mme B, ressortissante française, est entré en France le 29 février 2020 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 7 février 2020 au 7 février 2021. Par arrêté du 29 janvier 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a abrogé ce visa et prononcé une obligation de quitter le territoire français à E de M. D, décision dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Nîmes par un jugement n° 2101035 du 22 juin 2021, la communauté de vie entre époux ayant cessé à la date de l'arrêté attaqué, une ordonnance de protection ayant été rendue par le juge aux affaires familiales le 28 août 2020 au bénéfice de Mme B et une ordonnance de non conciliation ayant ensuite été rendue par le juge aux affaires familiales le 9 novembre 2020. Le 2 novembre 2021, M. D, qui n'a pas exécuté l'obligation qui lui était faite de quitter le territoire français et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire, a sollicité, auprès du préfet du Vaucluse, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de père d'une enfant française, A, née le 18 janvier 2021 de son union avec Mme B, le divorce des époux ayant été prononcé par jugement du 24 juin 2021. Le préfet du Vaucluse a rejeté cette demande en faisant obligation à M. D de quitter le territoire français, par un arrêté préfectoral du 7 février 2022 dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 2200715 du tribunal administratif de Nîmes en date du 1er juillet 2022, M. D ne justifiant pas participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de A B. M. D s'est marié le 14 février 2023 avec Mme C F, ressortissante française, et, le 27 février 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 22 mars 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

2. Par une décision du 12 août 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D. Par suite, les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

4. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, pour refuser à M. D le titre de séjour qu'il a sollicité le 27 février 2024, le préfet de l'Hérault a retenu qu'il ne justifiait pas d'une communauté de vie effective avec Mme F depuis six mois. Il a ensuite examiné d'office son droit au séjour en sa qualité de parent de A B mais a constaté qu'aucun élément n'était produit au dossier pour justifier de sa participation à l'entretien et à l'éducation de l'enfant puis, compte tenu des actes délictueux pour lesquels M. D a été condamné pénalement, a considéré que sa présence sur le territoire français constituait une menace à l'ordre public. Il a également relevé que M. D n'était pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc où résident sa mère, sa sœur et son frère et où il a vécu jusqu'en 2020 et ne justifiait pas de l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine le temps nécessaire à l'obtention d'un visa de long séjour.

5. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". En outre, l'article L. 423-2 de ce code dispose que : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Pour justifier de la réalité de sa communauté de vie avec Mme F qu'il a épousée le 14 février 2023, M. D, qui ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut de disposer d'un visa de long séjour, produit au dossier deux attestations du fournisseur d'énergie établies les 20 décembre 2022 et 11 juillet 2024 indiquant un abonnement souscrit au nom des deux époux pour un logement situé à Montpellier ainsi qu'un calendrier de paiement établi le 21 février 2023, des factures d'achats en ligne effectués par M. D les 23 janvier 2023 et 25 juillet 2023, une facture de téléphonie mobile du 19 janvier 2023 et des bulletins de salaire d'avril 2023 à décembre 2023 sur lesquels figure la même adresse. Toutefois, ces seuls éléments, de même que les diverses attestations, non probantes, émanant de membres de la famille, ne permettent pas d'établir l'effectivité de la communauté de vie des époux depuis six mois à la date de la décision attaquée alors que, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, les bulletins de salaire de M. D des mois de janvier 2024 à avril 2024 sont établis à une adresse différente de celle du domicile commun déclaré de l'intéressé, située à Orange (Vaucluse). Au regard des seuls éléments ainsi versés au dossier, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que M. D ne justifiait pas d'une vie commune effective avec Mme F depuis six mois à la date à laquelle il a pris l'arrêté contesté.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. M. D fait valoir qu'il dispose de l'autorité parentale sur sa fille A B conjointement avec son ex-épouse qui ne lui a pas permis d'exercer son droit de visite médiatisé ni de participer à l'entretien de son enfant ainsi qu'il le souhaitait. Il ressort des pièces du dossier que, par le jugement de divorce du 24 juin 2021, le juge aux affaires familiales de Pau a accordé à Mme B l'autorité parentale à titre exclusif à l'égard de A B et organisé un droit de visite médiatisé au bénéfice de M. D et que, par un jugement du 21 décembre 2021, le juge aux affaires familiales a décidé que l'autorité parentale à l'égard de A B s'exercerait conjointement par sa mère et son père, que ce dernier exercerait, pendant six mois, un droit de visite et d'hébergement un week-end par mois, les parents partageant les frais de trajets à charge pour le père de venir chercher l'enfant devant le commissariat de Pau et pour la mère de venir la rechercher devant le commissariat d'Orange, et de ne pas fixer, à la charge de M. D, de contribution à l'entretien et à l'éducation de cette enfant eu égard aux frais relatifs à l'exercice de son droit de visite et d'hébergement. Si M. D se prévaut des termes de ce jugement et de l'attestation du 5 novembre 2022 de la directrice de l'association Espace Rencontre et Médiation 64 selon laquelle A n'avait pas été présentée ce jour-là par sa mère pour la visite médiatisée prévue par le jugement de divorce du 24 juin 2021, il ne produit à l'instance aucune pièce relative aux trajets qu'il aurait effectués à Pau et aux conditions d'hébergement à son domicile qu'il aurait organisées pour accueillir son enfant au titre du droit d'hébergement et de visite dont il dispose en vertu du jugement du 21 décembre 2021. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que M. D ne justifiait pas de sa participation à l'entretien et à l'éducation de son enfant et qu'il ne pouvait, par suite, prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En outre, aux termes de l'article L. 432-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE" ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné, le 8 septembre 2022, à une peine de 3 mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Carpentras pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de maintien irrégulier sur le territoire français, après placement en rétention ou assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et, le 11 octobre 2022, à une peine de six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Pau pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Si M. D fait valoir que les faits de violence dont il s'est rendu coupable sont intervenus dans le cadre de sa séparation conflictuelle avec son ex-épouse, qu'il s'agit d'événements isolés et qu'il ne représente pas une menace actuelle à l'ordre public, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer qu'eu égard à la gravité des faits délictueux commis par l'intéressé depuis son arrivée sur le territoire français en 2020 et sanctionnés par le juge pénal, son comportement était constitutif d'une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Pour soutenir qu'il a établi sa vie privée et familiale en France, M. D se prévaut de sa volonté d'établir des liens avec son enfant française issue de sa relation avec son ex-épouse et de son mariage avec Mme F en faisant état de la relation qu'il entretient avec les trois enfants de celle-ci, dont le père est décédé, de son intégration professionnelle et de la présence sur le territoire d'un de ses frères et de l'une de ses sœurs. Toutefois, ainsi qu'exposé précédemment, les seuls éléments produits au dossier par M. D ne permettent pas d'établir l'effectivité de sa communauté de vie avec Mme F et il ne justifie pas de sa participation à l'entretien et l'éducation de sa fille A B. En outre, s'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre et ayant occupé des emplois sans autorisation de travail, M. D ne peut se prévaloir d'une insertion sociale ou professionnelle en France. Enfin, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où résident sa mère et des membres de sa fratrie. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. D doivent être écartés.

13. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

14. M. D ne fait état d'aucun motif exceptionnel et d'aucune considération humanitaire susceptible de justifier son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Au regard de ce qui a été exposé aux points précédents, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Il en est de même, compte tenu de ce qui a été exposé au point 12, du moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement aurait été prononcée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Dès lors que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté.

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

18. Eu égard au séjour récent de M. D sur le territoire français, des liens familiaux dont il dispose en France et au Maroc, des deux précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, qu'il n'a pas exécutées, et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de droit ou d'appréciation, en prononçant une interdiction de retour à E du requérant, dont la durée de 3 mois n'est pas disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G D et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,

Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024

La présidente-rapporteure,

S. E

L'assesseur le plus ancien,

M. H

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 octobre 2024

La greffière,

C. Arce lr

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