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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404061

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404061

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour au regard de son état de santé, l'oblige à quitter le territoire français, et fixe le délai de départ et le pays de renvoi, et une interdiction de retour de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour ou de réexaminer sa demande de titre, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son avocat une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent, sa délégation de signature étant trop générale ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- ils méconnaissent les articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment vu ses problèmes hépatiques et neurologiques :

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par mémoire, enregistré le 7 aout 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours et soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Par décision du 17 juin 2024 le requérant a obtenu l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté

- et les observations de Me Barbaroux, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien né le 30 mars 1974, demande d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 du préfet de Hérault qui qui lui refuse un titre de séjour au regard de son état de santé, l'oblige à quitter le territoire français, et fixe le délai de départ, le pays de renvoi, et une interdiction de retour de deux ans.

Sur le moyen commun aux décisions :

2. Le signataire de l'arrêté, M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture, disposait d'une délégation de signature du préfet pour signer notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 9 octobre 2023 produit en défense et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Et cette délégation, qui excluait les réquisitions, n'était pas trop générale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire sera écarté.

Sur le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire :

3. En vertu de l' article L425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an./La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".En vertu du 1er alinéa de l'article L435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Il résulte de l'avis du collège des médecins de l' office français de l'intégration et de l' immigration du 5 janvier 2024 produit, qui n'est pas infirmé par les autres pièces médicales produites, qui notent des rendez-vous en hôpital mais ne démontrent pas la nécessité de soins ne pouvant être donnés qu'en France, et pas par un rapport trop général établi le 31 janvier 2024 par l'organisation suisse d'aide aux réfugiés sur le système de santé en Géorgie, que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine il peut y bénéficier d'un traitement approprié et peut y voyager sans risque. Par suite, le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire n'ont pas méconnu les articles cités au point précédent.

5. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, et eu égard au fait que le requérant arrivé récemment en France en juillet 2023, n'y a aucune attache, sa famille résidant en Géorgie, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation sera écarté.

Sur l'interdiction de retour :

6. En vertu de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

7. Cette décision, après avoir visé les textes applicables, indique " l'examen de la situation relatif au prononcé de l'interdiction et de sa durée a été effectué au regard de l'article L612-10 du code précité ", et fixe la durée d'interdiction à deux ans. Elle énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation sera écarté.

8. Eu égard aux constats opérés précédemment, l'interdiction de retour sur le territoire, fixée à deux ans, n'est pas disproportionnée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, et celles relatives aux articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent aussi être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.B A, à Me Ruffel, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 27 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseur le plus ancien,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 11 octobre 2024.

La greffière,

B. Flaesch

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