vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. A D, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 du préfet de l'Hérault qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai, et fixe le pays de renvoi et une interdiction de retour de deux ans;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles L761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- L'arrêté émane d'un signataire incompétent ;
- L'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;
- Elle est entachée d'un défaut réel et sérieux d'examen de sa situation ;
- Elle méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et L423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il est père d'une enfant française née le 10 janvier 2023, contribue à son entretien et éducation, ce qu'indique l l'ordonnance du juge aux affaires familiales du 31 mai 2024 ;
- Le refus de délai de départ fondé sur une obligation de quitter le territoire est illégal ;
- Il méconnait les articles L. 612-2 et L612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile droit, car il ne trouble pas l'ordre public, a demandé un titre de séjour, a un enfant, et son ex compagne a jeté ses papiers ;
- L'interdiction de retour est fondée sur une obligation de quitter le territoire et un refus de délai de départ illégaux ;
- Elle méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- Elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par mémoire, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours et soutient que les moyens invoqués sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rabaté
- et les observations de Me Pitel-Marie qui substitue Me Badji Ouali, pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridique :
1. En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'exposé du litige :
2. M. D., ressortissant marocain né le 24 septembre 1997, qui a fait l'objet d'un arrêté d'éloignement le 27 juillet 2020, demande d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 du préfet de Hérault qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai, et fixe le pays de renvoi et une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.
Sur le moyen commun aux décisions :
3. La signataire de l'arrêté, Mme C B, cheffe de la section éloignement de la préfecture, disposait d'une délégation de signature du préfet, par arrêté du 25 juin 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 28 juin suivant, produit en défense, pour signer tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire sera écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
4. L'obligation de quitter le territoire énonce les considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision soit entachée de défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'étranger.
6. En vertu de l' article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
7. Si l'intéressé est père d'une fille de nationalité française née le 10 janvier 2023, il ressort des pièces produites et il est constant qu'il est séparé de sa compagne et de sa fille depuis janvier 2024, et il ne justifie pas par quelques factures d'achat produites contribuer à l'entretien de l'enfant depuis sa naissance. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'article cité au point précédent.
8. En vertu de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale " En vertu de l'article 9 de la même convention : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents, à moins que les autorités compétentes ne décident que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant ".
9. Les stipulations de l'article 9 citées au point précédent créant seulement des obligations entre Etats, sans ouvrir de droits aux intéressés, le moyen tiré de leur non-respect doit être écarté comme inopérant.
10. Il ressort de l'ordonnance du 30 mai 2024 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Evry produite que celui-ci a rejeté la demande de protection de l'ex-compagne de M. D, laquelle a déposé plainte pour violences contre lui le 4 avril 2024, et a décidé de statuer le 5 septembre 2024 sur l'autorité parentale pour l'enfant. Toutefois, le requérant le 16 juillet 2024 a été placé en garde à vue pour menace de mort réitérée et violence sans incapacité sur son ex-compagne. L'intéressé, qui n'a présenté une demande de séjour que le 15 décembre 2023, a fait l'objet d'un arrêté d'éloignement le 27 juillet 2020 et se maintient irrégulièrement sur le territoire où il ne justifie pas être inséré professionnellement, et il n'est pas isolé au Maroc. Dans ces conditions, et eu égard aux constats opérés au point 7, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnait pas les articles 8 et 3-1 cités au point 8.
Sur le refus de délai de départ :
11. Il résulte des points qui précèdent que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.
12. En vertu de l' article L612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse. 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". En vertu de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ;
7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ".
13. Il ressort des constats opérés au point 10 que le comportement de l'intéressé, qui s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement, trouble l'ordre public. L'intéressé n'a ni adresse stable ni documents d'identité valides, même s'il prétend sans l'établir que son ex-compagne les a jetés. Par suite, le refus de délai de départ n'a pas méconnu les articles cités au point précédent, et le requérant ne peut utilement exciper de son illégalité.
Sur l'interdiction de retour de deux ans :
14. Pour les motifs énoncés au point 10, l'interdiction ne méconnait pas les articles 8 et 3-1 cités au point 8.
15. Eu égard aux constats opérés précédemment, l'interdiction de retour, fixée à deux ans, n'est pas disproportionnée.
16. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent aussi être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Badji Ouali, et au préfet de l'Hérault.
Délibéré à l'issue de l'audience du 27 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pastor, première conseillère,
Mme Marcovici, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le rapporteur,
V. RabatéL'assesseur le plus ancien,
I. Pastor
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 11 octobre 2024.
La greffière,
B. Flaesch
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026