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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404115

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404115

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantPAULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 19 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Paulet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Aude lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familial " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante serbe née le 18 février 2001, a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour le 28 mars 2023. Par arrêté du 21 juin 2024, le préfet de l'Aude a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a prononcé à soin encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, pour refuser le renouvellement du titre de séjour à Mme C et l'obliger à quitter le territoire national, le préfet de l'Aude a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles L. 423-4 et L. 423-13, ainsi que l'avis rendu le 30 avril 2024 par la commission du titre de séjour, et a précisé que l'intéressée était défavorablement connue des services de police pour avoir été condamnée à une peine d'emprisonnement de trois ans dont un avec sursis probatoire pendant deux ans et avoir été placée en détention à domicile sous surveillance électronique pour des faits de " fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire, de vol par ruse, de conduite d'un véhicule sans permis et de vol aggravé ". Le préfet précise aussi que la mesure d'éloignement ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'avec son concubin et leurs deux enfants, ils peuvent reconstituer leur cellule familiale dans leur pays d'origine. Par suite, l'arrêté qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement, est suffisamment motivé.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Selon l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aude a refusé le renouvellement du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " de Mme C au motif que sa présence sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a été condamnée par le tribunal correctionnel de Toulouse le 15 mai 2023 à une peine de deux mois d'emprisonnement délictuel pour des faits de " refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité permanente, conduite d'un véhicule sans permis, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui " et par le tribunal correctionnel de Castres le 16 février 2023 à une peine de 3 ans d'emprisonnement délictuel assorti d'un an de sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de " vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, tentative de vol en réunion, vol aggravé par trois circonstances, conduite d'un véhicule sans permis, fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire ". Ces deux condamnations, compte tenu de la gravité et de la répétition des faits reprochés ainsi que de leur caractère récent, suffisent à considérer que la présence de la requérante sur le territoire français est de nature à constituer une menace à l'ordre public.

6. Si Mme C se prévaut de la présence de ses deux enfants en bas-âge sur le territoire ainsi que de celle de son compagnon, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d'origine, dont son compagnon est également originaire, et dans lequel elle ne démontre ni même n'allègue être dépourvue d'attaches. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui renouveler son titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Aude aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel l'arrêté a été pris. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Aude a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a prononcé à soin encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et de remboursement de frais exposés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabate, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Aude Marcovici, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

I. A

Le président,

V. RabatéLa greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 11 octobre 2024,

La greffière,

B. Flaesch

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