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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404190

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404190

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024 sous le numéro 2404189, Mme A C, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de l'admettre au séjour, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou L. 423-23 du même code, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer, sous ces deux angles, sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire, des moyens d'existence suffisants dont elle justifie, qui permettaient de déroger à l'absence de visa de long séjour ainsi qu'au regard des conséquences du refus sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a fixé le centre de ses intérêts sur le territoire français.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II°) Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024 sous le numéro 2404190, Mme B C, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de l'admettre au séjour, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou L. 423-23 du même code, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer, sous ces deux angles, sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire, des moyens d'existence suffisants dont elle justifie, qui permettaient de déroger à l'absence de visa de long séjour ainsi qu'au regard des conséquences du refus sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a fixé le centre de ses intérêts sur le territoire français.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, première conseillère,

- et les observations de Me Pitel-Marie, représentant Mmes C, présentes à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C et Mme B C, ressortissantes marocaines nées le 8 février 2006, arrivées en Espagne le 29 août 2021 munies de visas de court séjour de trente jours, déclarent être entrées sur le territoire français le 30 août 2021 accompagnées de leur mère. A leur majorité et par des demandes datées du 5 décembre 2023, enregistrées le 13 mars 2024, elles ont sollicité la régularisation de leur situation administrative au regard de leur vie privée et familiale ou en qualité d'étudiante. Par des arrêtés du 31 mai 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de leur délivrer un titre de séjour et les a obligées à quitter le territoire français. Par des requêtes enregistrées respectivement sous les numéros 2404189 et 2404190, Mme A C et Mme B C demandent l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent la situation de membres d'une même famille et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Mmes C ont formé des demandes d'admission à l'aide juridictionnelle sur lesquelles il n'a pas encore été statué. En application des dispositions de l'article 61 du décret précité, il y a lieu d'admettre provisoirement Mmes C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces des dossiers que Mmes C, âgées de 18 ans, sont arrivées en France avec leur mère à l'âge de 15 ans. En terminale à la date des arrêtés contestés, elles justifient de leur scolarité dans un lycée de Béziers à partir de l'année scolaire 2021-2022 et de commentaires élogieux de plusieurs de leurs professeurs. L'obtention de leur baccalauréat, mention assez bien, à l'issue de l'année scolaire 2023-2024 ainsi que leur acceptation, dans le cadre de la procédure Parcoursup, des propositions d'admissions à l'INSA Centre Val de Loire campus de Blois en formation d'ingénieur Bac + 5 pour l'année universitaire 2024/2025, quelques jours après les arrêtés contestés, confirment la qualité de leur parcours scolaire. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, et notamment celles de leur arrivée en tant que mineures sur le territoire et de leur acceptation dans cette école d'ingénieurs, les requérantes sont fondées à soutenir qu'en refusant de leur délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Hérault a entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que les décisions de refus de séjour du préfet de l'Hérault 31 mai 2024 doivent être annulées, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions obligeant les requérantes à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Hérault délivre à Mmes A et B C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, en conséquence, de lui enjoindre de délivrer ces titres dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de remettre aux intéressées, dans les huit jours, des autorisations provisoires de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les requérantes, en tout état de cause sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A C et de Mme B C sont admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de l'Hérault du 31 mai 2024 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault délivrer à Mme A C et à Mme B C des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de remettre aux intéressées, dans les huit jours, des autorisations provisoires de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, Mme B C, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024

La rapporteure,

M. Couégnat

La présidente,

F. Corneloup

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2024.

La greffière,

A. Junon

N° 2404189.

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