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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404197

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404197

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantMALLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. B D, représenté par Me Mallet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 5 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) dès lors qu'il justifie avoir un enfant né en France ;

la décision fixant le pays de renvoi :

- méconnaît l'article 8 de la CEDH dès lors qu'il justifie avoir un enfant né en France ;

- méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et 3 de la CEDH dès lors qu'il établit que ses droits fondamentaux à la vie, à l'intégrité physique et à la liberté sont menacés de façon directe et imminente en Géorgie ;

la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an :

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- est disproportionnée dès lors qu'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne saurait à elle seule justifier le prononcé d'une mesure d'interdiction de retour d'une durée d'un an.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lauranson, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lauranson ;

- les observations de Me Mallet pour M. B D, présent à l'audience qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 14 mai 1989 à Samtredia, de nationalité géorgienne, a sollicité l'asile le 14 septembre 2023 auprès de l'OFPRA qui a rejeté sa demande par décision du 8 janvier 2024 notifiée le 5 février suivant. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 5 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme A C. Par un arrêté du 5 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme A C, adjointe, cheffe de la section asile, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, non stéréotypé, vise les textes dont il fait application et mentionne le rejet de la demande d'asile de M. D ainsi que les faits relatifs à sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. D est récente puisqu'il a indiqué être entré en France le 8 août 2023. Sa concubine, Mme E, a fait l'objet d'une décision identique de sorte que rien ne s'oppose à la réunification de la cellule familiale hors de France. Ainsi, et quand bien même le couple aurait eu un enfant né en France, il ne ressort pas des pièces des dossiers que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

6. En quatrième lieu, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire est écarté compte tenu de ce qui précède.

7. En cinquième lieu, M. D ne justifie aucun lien personnel et familial en France et y est entré récemment. Dans ces conditions, et même si sa présence en France n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public, l'interdiction de retour d'une durée d'un an n'est ni disproportionnée ni entachée d'erreur d'appréciation des faits.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". L'article L. 721-3 du même code dispose que " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". En vertu du dernier alinéa de l'article L. 721-4 de ce code, un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

9. M. B D, de nationalité géorgienne, a sollicité l'asile le 14 septembre 2023 auprès de l'OFPRA qui a rejeté sa demande par décision du 8 janvier 2024 notifiée le 5 février suivant. M. D n'établit pas être personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH doit également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

11. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Mallet et au préfet de l'Hérault.

Le magistrat désigné,La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 29 août 2024.

La greffière,

C.TOUZET

2404197

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