jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | MALLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Mallet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans l'attente du réexamen de sa demande ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision contenue dans l'arrêté du 5 juillet 2024 lui faisant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme en application du seul article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'interdiction de retour :
- compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle est dépourvue de fondement juridique ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bayada, première conseillère, pour statuer notamment sur les recours relevant de la procédure aux articles L. 614-4 à L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada ;
- et les observations de Me Mallet, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né en 1998 et entré en France, le 23 novembre 2021, selon ses déclarations, a présenté, le 19 janvier 2022, une demande d'asile, que l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejetée, le 28 avril 2022, rejet confirmé, le 20 juin 2024, par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 5 juillet 2024 le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. C en demande l'annulation.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme A B. Par un arrêté du 5 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme A B, adjointe, cheffe de la section asile, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle mentionne, par ailleurs, des éléments liés à la situation de l'intéressé et son parcours migratoire, notamment le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA, confirmé par la CNDA. Par suite, la décision attaquée, qui n'a pas à reprendre tous les éléments de fait exposés par l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle se fonde, est suffisamment motivée, tant en droit qu'en fait.
5. En troisième lieu, lorsque la loi ou un accord international prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. D'une part, si M. C soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée en France, il ne produit toutefois à l'appui de son argumentation, aucun élément suffisant permettant d'en établir la réalité. La seule circonstance que le requérant ait travaillé dès qu'il a été autorisé à le faire, qu'il soit titualire d'un contrat de travail à durée indéterminée et qu'il pratique la boxe en qualité de professionnel ne suffit à établir qu'il aurait fixé, sur le territoire français le centre de ses intérêts privées et matériels, alors que le requérant est célibataire sans charge de famille. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent du séjour de M. C, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme non fondé.
8. D'autre part, à la date à laquelle la mesure d'éloignement a été prononcée, si M. C soutient que son état de santé était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité dès lors qu'il est atteint d'une hépatite B, il n'est nullement démontré qu'à cette date, il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine où il résidait jusqu'en novembre 2021, ni même qu'il ne pourrait voyager. A cet égard le compte-rendu médical du 13 juin rédigé par un praticien hospitalier du département Hépato-gastro-entérologie du centre hospitalier universitaire de Montpellier (CHU), qui se borne à mentionner les modalités de traitement, ne comporte aucune précision sur la gravité de son état de santé ni qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement en cas de retour au Congo. Dans ces conditions, le préfet n'était pas tenu, préalablement à sa décision, de recueillir l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il suit de là que le requérant ne peut être regardé, à la date de la décision contestée, comme devant se voir attribuer de plein droit une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations cités au point 6 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant dès lors que la décision fixant le pays de destination, n'a ni pour objet ni pour effet de décider de l'éloignement du requérant.
10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Selon l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
11. M. C soutient qu'en cas de retour au Congo il serait exposé à des traitements contraires à ces stipulations. Pour autant, ainsi qu'il a été dit au point 8, il ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier au Congo d'un traitement médical approprié. En outre, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques qu'il soutient en courir en cas de retour dans son pays d'origine en se bornant à faire valoir la demande d'asile qu'il a présentée à son arrivée en France, laquelle a été définitivement rejetée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, M. C n'est pas fondé à soulever, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En application de l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
14. Si l'autorité préfectorale doit tenir compte, pour décider de prononcer une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.
15. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Hérault a bien examiné les différents critères de l'article L. 612-10, et mentionne notamment, l'entrée récente sur le territoire, l'absence d'intensité de ses liens avec la France sur laquelle il se fonde, l'absence de précédente mesure d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et a, par suite, respecté les exigences des textes précités. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
16. En dernier lieu, ainsi qu'il a été rappelé précédemment, le requérant est entré très récemment sur le territoire et n'y dispose d'aucune cellule familiale. Dans ces conditions, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, nonobstant la circonstance que son comportement ne constituerait aucune menace à l'ordre public et qu'il n'aurait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il suit de là que le moyen tiré de la disproportion de la mesure doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à présentées à titre principal et subsidiaire, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de l'Hérault et à Me Mallet.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.
La magistrate désignée,
A. BayadaLe greffier,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 août 2024.
Le greffier,
D. Martinier
N°2404215
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026