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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404368

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404368

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2024, le 1er août et le 9 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, au besoin sous astreinte, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation par son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait quant à la vie commune du couple, établie à la date de l'arrêté ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C

- et les observations de Me Rosé, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 12 décembre 1998, déclare être entrée en France accompagnée de ses parents alors qu'elle était âgée de 17 ans. Après que la demande d'asile présentée par la famille a été rejetée en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile, Mme B a sollicité son admission au séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 1er août 2019, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, décision annulée par le Tribunal le 2 décembre 2019. Mme B a obtenu la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Le 23 novembre 2021, elle a présenté une demande de changement de statut afin de se voir délivrer un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par une décision du 14 mars 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande. Cette décision a été confirmée par le Tribunal le 26 avril 2024. Le 19 octobre 2023, Mme B a, à nouveau, sollicité son admission au séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 3 mai 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme B en demande l'annulation pour excès de pouvoir.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Mme B se prévaut de la durée de son séjour en France depuis son entrée alléguée en France au cours de l'année 2016 à l'âge de 17 ans et de son intégration professionnelle en France. Si la date d'entrée en France de Mme B n'est pas établie, il est constant qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile, la requérante a poursuivi sa scolarité en France sous couvert d'une carte de séjour étudiant et a obtenu un brevet de technicien supérieur " assistant manager ", les attestations qu'elle produit faisant état d'un parcours scolaire méritoire. La requérante établit également avoir exercé une activité professionnelle ponctuelle lorsqu'elle bénéficiait de ce titre de séjour dans le cadre de contrats à durée déterminée en 2020 et 2021, notamment en qualité d'employée de vente puis comme agent à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault. Si le préfet relève, dans l'arrêté contesté, la circonstance que Mme B ne justifie ni d'un contrat de travail ni d'une promesse d'embauche, celle-ci précise avoir cessé de travailler à l'issue de la date de validité de son titre de séjour. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme B réside avec son compagnon, de nationalité albanaise, titulaire d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français et que ce dernier s'est vu confier la garde de sa fille par un jugement du juge aux affaires familiales de Perpignan du 17 févier 2022. Si le préfet lui oppose l'absence de justificatifs relatifs aux conditions d'exercice du droit de visite accordée à la mère de cet enfant, cette circonstance est toutefois sans incidence sur l'appréciation du droit au séjour de Mme B. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard aux conditions de séjour de Mme B et malgré le caractère récent de la vie commune du couple, la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé d'admettre Mme B au séjour doit être regardée comme portant atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

4. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet de l'Hérault du 3 mai 2024 doit être annulé dans toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. La présente décision qui annule le refus de séjour opposé à Mme B enjoint qu'il soit délivré à cette dernière un titre de séjour d'une durée d'une année au titre de sa vie privée et familiale et l'autorisant à travailler. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 mai 2024 du préfet de l'Hérault est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme B un titre de séjour d'une durée d'un an au regard de sa vie privée et familiale et l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

A. C Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 octobre 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

N°2404368

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