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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404372

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404372

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, M. A B, représenté par

Me Bautès, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2024 par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ainsi qu'une interdiction de retour d'une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de 15 jours suivant la notification de la décision, si besoin sous astreinte ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours suivant la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai un récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa demande ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il est conjoint d'une française et est engagé dans la légion étrangère ;

Sur la décision d'éloignement :

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il est engagé dans la légion étrangère depuis juin 2016 ;

Sur l'interdiction de retour :

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il est conjoint d'une française et est engagé dans la légion étrangère ;

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant car il ne s'agit pas du fondement de la demande de titre de séjour ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère ;

- et les observations de Me Fontana, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 22 mars 2024 le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B, ressortissant kazakhe né en 1986, un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour de trois mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-2 du même code prévoit que : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Par ailleurs, l'article L. 435-1 de ce code dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. S'il fait désormais état de son engagement au sein de la légion étrangère depuis le 30 juin 2021, il ne conteste pas ne pas avoir porté cette information à la connaissance du préfet. Alors que le préfet a étudié la situation personnelle de l'intéressé au regard notamment des dispositions des articles L. 423-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités, la seule circonstance qu'il n'ait pas fait état de son engagement dans la légion étrangère n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen complet de la situation du requérant.

5. En second lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il est toutefois loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code. Il lui est aussi possible, exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant un titre de séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle. En revanche, lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que l'asile, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir.

6. Il résulte de la décision en litige que le préfet a écarté la possibilité pour M. B de voir sa situation régularisée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, bien que la demande initiale du requérant ne soit pas fondée sur cet article il peut utilement contester les motifs opposés par le préfet.

7. M. B ne conteste pas son entrée irrégulière sur le territoire et le défaut de visa long séjour. S'il insiste sur son mariage avec une ressortissante française depuis le 17 juin 2023, celui-ci demeure récent à la date de la décision attaquée. Surtout, la seule production d'une attestation de sa conjointe, établie en avril 2024, soit postérieurement à la décision en litige, ne permet pas d'établir l'existence d'une communauté de vie. De la même manière, la production d'une affiliation du requérant à la mutuelle sociale agricole, datée de juin 2024 et postérieure en tout état de cause à l'arrêté contesté, ne suffit pas à établir que le requérant serait investi dans l'exploitation agricole de son épouse dont il ne justifie au demeurant pas la matérialité. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas l'intensité de ses attaches familiales sur le territoire. Par ailleurs, bien qu'il soit engagé dans la légion étrangère sous couvert d'une autre identité,

M. B produit une carte d'identité militaire où est apposée sa photographie et un ensemble de documents relatifs aux états de service qui se rapportent à ce même engagé, entre le 30 juin 2021 et novembre 2023. Toutefois, ces documents ne rendent compte que d'une présence relativement récente sur le territoire et malgré l'attribution de plusieurs médailles, les pièces versées au débat ne font pas état d'une insertion socio-professionnelle remarquable ou d'attaches privées d'une particulière intensité. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de délivrer un titre de séjour à l'intéressé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

Sur la décision d'éloignement et d'interdiction de retour :

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B est engagé dans la légion étrangère depuis le 30 juin 2021 jusqu'au 29 juin 2026. Les états de service versés au débat font état de l'accomplissement régulier de missions de protection du territoire. Alors que la décision en litige aurait pour effet d'interrompre l'engagement de l'intéressé, dont l'effectivité et le sérieux ne sont nullement contestés, en édictant une obligation de quitter le territoire français le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision d'éloignement il y a lieu d'en prononcer l'annulation. Par voie de conséquence, il y a lieu de prononcer également l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, prise sur le fondement de la décision d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Bien que la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant soit annulée, la présente décision écarte la possibilité pour M. B de bénéficier, à la date de la décision en litige, d'un titre de séjour. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, alors que le requérant peut séjourner en France sous couvert de sa carte d'identité militaire, la présente décision n'implique donc pas qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B.

Sur les frais du litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 mars 2024 pris à l'encontre de M. B est annulé en tant qu'il prononce une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Bautès.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 octobre 2024.

La greffière,

M. C

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