lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024 et un mémoire enregistré le
13 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé un pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté attaqué :
- la signature figurant sur l'arrêté attaqué ne correspond pas à celle de son signataire ; en l'absence d'attestation du signataire permettant de justifier de sa signature, il appartiendra au tribunal de désigner une expertise graphologique ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence en l'absence de production d'une délégation régulière et publiée habilitant son signataire à cet effet ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a fixé de manière implicite l'Algérie comme pays de destination ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation puisqu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il réside habituellement en France depuis cinq ans.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Villemejeanne, rapporteure,
- et les observations de Me Brulé, représentant M. A
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 9 juillet 1986, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée de trois ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. En raison de l'urgence, qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté attaqué :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 7 juin 2024, régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Poisot à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.
5. En second lieu, si le requérant soutient que la signature figurant sur l'arrêté attaqué ne correspond pas à celle de M. Poisot, il n'apporte aucun élément de preuve circonstancié à l'appui de ses allégations tandis qu'il est constant, ainsi qu'il a été dit, que l'arrêté attaqué, signé, par délégation préfectorale, par M. Poisot comporte, en caractères lisibles, les mentions prévues par les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise graphologique, le moyen tiré de ce que la signature figurant sur l'arrêté attaqué ne serait pas celle de M. Poisot doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. M. A, qui a déclaré être en France depuis le 9 mars 2019 muni d'un passeport et d'un visa d'entrée, ne justifie par la production d'aucun élément être entré régulièrement sur le territoire et y avoir sollicité un titre de séjour. M. A, qui est célibataire et sans charge de famille, fait valoir qu'il est entré en France pour rejoindre sa mère de nationalité française. Cependant, il est constant que cette dernière est décédée en 2022 et il ne démontre pas la présence sur le territoire de liens personnels et familiaux. Il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 33 ans et ne justifie pas y être dépourvu d'attaches. Par ailleurs, le requérant qui déclare travailler en qualité de peintre en bâtiment de manière non déclarée et être sans domicile fixe ne justifie pas d'une insertion professionnelle ou sociale particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et en particulier des éléments tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, à sa situation personnelle, familiale, pénale sur le territoire français ainsi que celle dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, le préfet a mentionné la nationalité algérienne de M. A. En décidant que ce dernier serait reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, le préfet, qui a entendu le reconduire à destination de l'Algérie, n'a commis aucune illégalité en ne mentionnant pas expressément ce pays dans sa décision.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'a pas pour objet de permettre au ressortissant étranger d'implanter le centre de ses intérêts personnels où il le souhaite. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A a vécu la majeure partie de son existence en Algérie et n'allègue pas y être dépourvu
d'attaches. Enfin, le requérant, qui ne justifie pas par les pièces qu'il verse aux débats avoir des liens personnels et familiaux en France ni que sa vie privée et familiale ne pourrait se dérouler que sur le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet a fixé l'Algérie comme pays de destination a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. M. A ne fait état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'une interdiction de retour ne soit pas édictée à son encontre. Par arrêté du 29 juillet 2022 du préfet des Yvelines, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai qui était assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an à laquelle il déclare ne pas avoir déféré. A supposer que la présence de M. A ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, compte tenu de la date et des conditions de son entrée, de la situation irrégulière de son séjour et de son absence de liens familiaux ou privés avérés sur le territoire, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'erreur d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La rapporteure,
P. Villemejeanne
Le président,
J-P. GayrardLa greffière,
A. Lacaze
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 octobre 2024.
La greffière,
A. Lacaze
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026