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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404392

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404392

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHENNANI NORDDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 30 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Hennani, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision précédente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :

La décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pater a été entendu au cours de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 22 mai 1987, déclare être entré en France le 27 juin 2016, après une entrée en Espagne le 25 juin 2016 sous couvert d'un visa court séjour entrée multiples " Etats Schengen " valable du 17 juin 2016 au 16 juin 2018. Sa demande d'asile faite le 21 novembre 2019 a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 mai 2021 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le

13 janvier 2022. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire par décision du

7 juin 2022 à l'encontre de laquelle il a formé un recours rejeté par jugement du tribunal administratif en date du 30 septembre 2022. Ses demandes de réexamen de sa demande d'asile ont été déclarées irrecevables par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides des 12 décembre 2022 et 4 juillet 2023. Le 25 juin 2024, M. B a sollicité un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par arrêté du 19 juillet 2024, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2024 et formule des conclusions à fin d'injonction.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, le signataire de l'arrêté, M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture, disposait d'une délégation de signature du préfet, par arrêté préfectoral du 9 octobre 2023, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, et accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de son incompétence sera écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

6. La seule circonstance, à la supposée exacte, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen contradictoire de son dossier, alors que M. B était, du fait de sa demande, en mesure de présenter à l'administration, durant toute la phase d'instruction de son dossier, des observations et éléments utiles quant à sa situation, n'est pas de nature à permettre de le regarder comme ayant été privé de son droit à être entendu. En tout état de cause, il n'est, en l'espèce, pas établi, ni même allégué, que le requérant aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations ou de communiquer des informations utiles avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. B fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis le 27 juin 2016, se prévaut de ses efforts d'intégration socioprofessionnelle et de la cellule familiale qu'il forme avec une compatriote marocaine avec laquelle il a eu un enfant le 27 février 2019. Toutefois, si les pièces produites tendent à justifier d'une résidence habituelle en France depuis 2016, il n'a sollicité l'asile qu'en 2019, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire en 2022 qu'il n'a pas exécutée malgré le rejet de son recours devant le tribunal administratif, et a vainement multiplié par la suite les procédures de réexamen de sa demande d'asile. Il a indiqué être séparé, depuis janvier 2022, de sa compagne, une compatriote en situation irrégulière, et rien ne s'oppose en conséquence à ce que la cellule familiale se reconstitue avec l'enfant de nationalité marocaine et en bas âge, à l'étranger. Les seules pièces produites de nature médicale ou administrative ne sauraient justifier d'une intégration particulière et les pièces relatives au travail, en particulier la promesse d'embauche du 4 mai 2024, sont insuffisantes pour justifier d'une intégration socio-professionnelle. Dans ces circonstances, le requérant ne justifie pas du transfert de ses intérêts personnels et familiaux en France tandis qu'il n'est pas dépourvu de toute attache personnelle et familiale au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions en annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision postant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9, que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son endroit.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions en annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile modifié par la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. Il ressort des termes de la décision attaquée, que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, le préfet de l'Hérault a retenu la présence de M. B en France depuis 2016, sa situation familiale, la mesure d'éloignement prise en 2022 non exécutée, une condamnation pénale le 17 mars 2023 à 4 mois d'emprisonnement pour des faits relatifs à la circulation routière sans retenir qu'il constitue une menace pour l'ordre public. M. B fait valoir sa résidence en France depuis 2016 et y avoir établi le centre de ses intérêts et le fait qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, l'ensemble des circonstances propres à l'acquisition de son ancienneté en France, les conditions de sa situation personnelle et familiale rappelées aux points 8 et 11 et l'existence non contestée d'une condamnation pénale à quatre mois ferme, sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B au préfet de l'Hérault et à

Me Hennani.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2014

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

J.-P. Gayrard

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 octobre 2024.

La greffière,

A. Lacaze

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