lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404489 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2024 et un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Rosé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte, ou, à défaut, de réexaminer situation et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est dépourvu de base légale en ce qu'il se fonde sur une décision datée du
10 juillet 2023 entachée d'illégalité ;
* cette dernière est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'un vice de procédure ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
* c'est à tort que le préfet s'est écarté de l'avis favorable émis par la commission départementale de lutte contre la prostitution et la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle émis le 7 juin 2023 ;
* cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son investissement dans un projet d'insertion sociale et professionnelle ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions combinées des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle a constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et elle justifie de son intégration sociale et professionnelle en dépit des conséquences délétères qu'a pu avoir l'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 avril 2021 sur sa situation matérielle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, familiale, professionnelle et sociale ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 2024.
Vu :
- l'arrêt n° 23TL00504 de la cour administrative d'appel de Toulouse du 29 décembre 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Villemejeanne, rapporteure,
- et les observations de Me Rosé, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane, née le 13 février 1996, déclare être entrée sur le territoire français le 9 avril 2016. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 novembre 2016, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 7 juin 2017. La demande de réexamen de sa demande d'asile, présentée le 10 juillet 2017, a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA le 17 juillet 2017, confirmée par une décision de la CNDA le 29 septembre 2017. Par un arrêté du 19 octobre 2017, le préfet de l'Hérault a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français. Une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, présentée le 23 juillet 2019, a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 31 octobre 2019. Parallèlement à sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, Mme A a sollicité le
20 septembre 2018 la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa qualité de ressortissante étrangère victime de la traite des êtres humains. Le préfet de l'Hérault lui a délivré un titre de séjour temporaire sur le fondement des dispositions désormais codifiées à l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 20 septembre 2018 au
19 septembre 2019, renouvelé jusqu'au 19 septembre 2021. Le 18 octobre 2021, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 22 avril 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement. Cet arrêté a fait l'objet d'un recours contentieux. Si, par un jugement du 17 octobre 2022, le tribunal avait rejeté le recours ainsi formé, la cour administrative d'appel de Toulouse a annulé ce jugement par un arrêt du 29 décembre 2023 et a enjoint au préfet de l'Hérault de réexaminer la situation de Mme A. Dans le cadre de l'exécution de cette injonction, le préfet de l'Hérault a invité l'intéressée à se présenter aux services de la préfecture le 9 janvier 2024 munie des justificatifs permettant d'examiner sa situation au regard de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Après avoir reçu l'intéressée et procédé à l'instruction de sa demande, le préfet de l'Hérault a pris un arrêté le 12 mars 2024 par lequel il a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme A, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet a entendu faire application, notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose également la situation personnelle et familiale de Mme A, en particulier son parcours en vue de sortir de la prostitution ainsi que les demandes de titre de séjour qu'elle a déposées en vu de régulariser sa situation. Alors que le préfet n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments mentionnés à l'appui de la demande de titre de séjour ou même fournis lors du rendez-vous du 9 janvier 2024, l'arrêté attaqué, qui contient l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est, dès lors, suffisamment motivé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire qu'avait souscrit Mme A en préfecture lors du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour le 18 octobre 2021, que sa demande de séjour était fondée à la fois sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur celles de l'article L. 423-23 du même code ainsi qu'en atteste la mention " titre humanitaire exceptionnel / L. 435-1 du CESEDA " et le motif " vie privée et familiale " entouré par l'intéressée au sein de la rubrique " motif de la demande ". La cour administrative d'appel de Toulouse, qui a annulé l'arrêté de refus de titre de séjour pris par le préfet sur la demande en cause après avoir constaté qu'il n'avait pas examiner sa situation au regard de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui avait enjoint de procéder au réexamen de cette demande. La requérante soutient que l'arrêté du 12 mars 2024 attaqué n'a pas procédé à un tel réexamen. Toutefois, à la différence de l'arrêté du 22 avril 2022, l'arrêté attaqué vise les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Il ressort par ailleurs de la lecture de cet arrêté que le préfet de l'Hérault a invité la requérante à se présenter en préfecture pour, selon les termes employés dans cet arrêté, examiner " sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ". Bien que cet arrêté ne fasse pas apparaître les notions de " circonstances humanitaires " ou de " motifs exceptionnels ", condition permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette rédaction ne saurait par elle-même révéler un défaut d'examen réel et sérieux de cette demande. En effet, l'arrêté rappelle la situation familiale et personnelle de la requérante, en particulier les démarches qu'elle a entreprise pour dénoncer le réseau de proxénétisme dont elle était victime et sortir de la prostitution. Il fait par ailleurs état, mention des documents fournis par la requérante lors de son rendez-vous du 9 janvier 2024, rendez-vous proposé dans le cadre du réexamen de sa demande de titre de séjour présentée au titre de " l'admission exceptionnelle au séjour " et mentionne " avoir procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A ", de l'ensemble des déclarations et des éléments produits. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait examiné la situation de Mme A au seul regard des articles L.425-1 et L.425-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile sans examiner si l'intéressée pouvait se prévaloir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault se serait en abstenu d'examiner la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour et aurait ainsi entaché son arrêté d'un défaut d'examen réel et sérieux. Ce moyen doit donc être écarté.
4. En quatrième lieu, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du
12 mars 2024, Mme A excipe de l'illégalité de la décision du 10 juillet 2023 portant refus de sa demande d'entrée dans un parcours de sortie de la prostitution, d'insertion sociale et professionnelle. Toutefois, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou si celui-ci en constitue la base légale. En l'espèce, la décision du 10 juillet 2023 ne constitue pas la base légale de l'arrêté du 12 mars 2024 et ce dernier n'a pas été davantage pris pour l'application de la décision du 10 juillet 2023. Dans ces conditions, Mme A n'est pas recevable à exciper de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet a refusé de faire droit à sa demande d'entrée dans un parcours de sortie de la prostitution, d'insertion sociale et professionnelle pour obtenir l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2024.
5. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
6. Mme A déclare avoir quitté son pays d'origine en février 2016 après avoir été recrutée par un réseau de traite des êtres humains. Elle a été admise au séjour du 20 septembre 2018 au 19 septembre 2021 au titre de sa qualité d'étranger victime de la traite des êtres humains. Toutefois, la délivrance d'un tel titre ne confère un droit au séjour que le temps nécessaire à la poursuite d'une procédure pénale diligentée contre l'auteur des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par le code pénal. Il ressort des pièces du dossier que Mme A ne démontre pas avoir fixé en France de manière stable et durable le centre de sa vie privée et familiale alors qu'elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Bien qu'elle ait donné naissance à un enfant le 25 août 2022, elle déclare être célibataire et ne plus avoir de lien avec le père de ce dernier. Ainsi, et alors que l'arrêté contesté ne fait pas obstacle à ce qu'elle reconstitue sa cellule familiale dans son pays d'origine, cette circonstance ne suffit pas à démontrer qu'elle aurait constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Enfin, Mme A se prévaut par ailleurs de ses efforts d'intégration, en établissant notamment avoir intégré un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle au sein duquel elle a pu participer à des formations civiques et linguistiques et exercé une activité professionnelle. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts socioprofessionnels sur le territoire national. Dans ces conditions, alors même que Mme A fait l'objet d'un accompagnement d'acteurs associatifs et souhaite se réinvestir dans un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, le préfet n'a pas commis d'illégalité au regard des dispositions précitées au point 5 en refusant, dans le cadre de son pouvoir de régularisation, de délivrer à l'intéressée un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.
8. Si la requérante se prévaut de son insertion socio-professionnelle sur le territoire, résultant notamment dans le cadre d'un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, de la participation à des formations civiques et linguistiques, ainsi que de son activité professionnelle, ces seules circonstances ne permettent de justifier de l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels au séjour au sens et pour l'application des dispositions précitées au point 7. Il en va de même des circonstances selon lesquelles elle souhaite se réinvestir dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle et qu'elle est accompagnée à ce titre par une association. Dans ces conditions, et compte tenu des motifs exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire droit à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la requérante n'établissant pas l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est donc pas fondée à exciper de son illégalité pour obtenir l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En second lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 6 et 8, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, professionnelle et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le pays de destination :
11. En premier lieu, la requérante n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est donc pas fondée à exciper de son illégalité pour obtenir l'annulation de la décision fixant le pays de destination. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". D'autre part, aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
13. La requérante fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa personne eu égard aux menaces dont elle pourrait faire l'objet dans le pays de renvoi. Cependant, elle ne produit au soutien de ses allégations aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'OFPRA et devant la CNDA et de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle le retour dans ce pays. Ainsi, elle ne démontre pas être personnellement et actuellement exposée à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour au Nigéria. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser au conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La rapporteure,
P. Villemejeanne
Le président,
J-P. Gayrard La greffière,
A. Lacaze
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 octobre 2024.
La greffière,
A. Lacaze
pa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026