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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404571

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404571

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBALESTIE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant l'arrêté préfectoral du 5 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a d'abord admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Sur le fond, il a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, la délégation de signature étant régulièrement publiée. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, en application de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024, M. C A, représenté par Me Balestie, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ainsi que l'assistance d'un interprète en langue arabe ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet l'Aude lui a fait obligation de quitter sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence dès lors qu'il appartient à l'administration de justifier que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation régulièrement publiée au registre des actes ;

- elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- l'insuffisante motivation, révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît son droit à ne pas subir des traitements inhumains et dégradants tel que garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il justifie de considérations humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et présente un caractère disproportionné.

La requête a été communiquée au préfet de l'Aude qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2024 :

- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée ;

- les observations de Me Balestie, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et de M. A, assisté de M. G, interprète en langue arabe ;

- la Préfecture de l'Aude n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 2 décembre 1990, placé au centre de rétention administrative de Sète, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 5 août 2024, par lequel le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de trois ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence, qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D E, chef du bureau de l'immigration et de la nationalité de la préfecture de l'Aude à qui, par un arrêté n° DPPPAT-BCI-2024-012 du 1er mars 2024, régulièrement versé au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Aude n° 5 du mois de mars 2024, publié le 4 mars 2024 et librement accessible en ligne, le préfet de ce département a donné délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions pour les matières relevant du ministère de l'intérieur en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F B, directrice de la légalité et de la citoyenneté de cette même préfecture. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été légitimement absente ou empêchée à la date à laquelle la mesure d'éloignement contestée a été signée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. A déclare avoir quitté l'Algérie, son pays d'origine, en 2019, être entré sur le territoire français quatre mois avant l'arrêté attaqué et s'y être maintenu irrégulièrement depuis. S'il déclare être marié à une ressortissante italienne et que de cette union est née une fille alors âgée de trois ans, il ne justifie pas qu'elle soit présente avec lui en France. Il est donc, sur le territoire français, célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, s'il soutient être entré sur le territoire pour rendre visite à sa sœur il ne justifie pas ses allégations. Les pièces versées au débat ne permettent pas de démontrer l'existence de liens personnels et familiaux effectifs sur le territoire, d'une insertion professionnelle ou sociale particulière. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qui précède, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, le préfet de l'Aude a fixé pour destination de la mesure d'éloignement le pays dont l'intéressé a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible. Cette décision mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

9. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée qui précise la situation personnelle du requérant, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation. Ce moyen doit donc être écarté.

10. En troisième lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. M. A fait état de ce qu'il a été membre des forces spéciales de l'armée, avoir " vu des amis mourir " et " risquer trente ans de réclusion " en cas de retour dans son pays d'origine. Cependant, par ces seules allégations, il ne démontre pas être exposé en cas de retour en Algérie à des traitements prohibés par les stipulations exposées au point qui précède. Il n'apporte notamment aucun document et n'a fait état d'aucun élément précis et circonstancié de nature à établir la réalité et l'actualité de ses craintes en cas de retour dans ce pays. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations et de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle prononçant à son encontre une interdiction de retour.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

15. En premier lieu, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par ses allégations et les pièces versées au débat, il ne justifie pas de circonstances humanitaires pouvant justifier, dans un tel cas, le non-prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français.

16. En deuxième lieu, M. A est entré sur le territoire, selon ses déclarations, quatre mois avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, les éléments au dossier ne permettent pas de justifier de la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ni même qu'il ne disposerait plus d'attaches dans son pays d'origine. Même s'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ou que sa présence sur le territoire constituerait, en raison de sa seule mise en garde à vue, une menace pour l'ordre public, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

17. En dernier lieu, eu égard aux motifs qui précèdent, et en l'absence de tout autre élément relatif à la situation personnel ou familiale du requérant venant au soutient du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1 er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Aude.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

P. Villemejeanne La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne et à ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 août 2024

La greffière,

C. Touzet

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