mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, Mme A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois mois.
Elle soutient qu'elle est mariée depuis le 5 mars 2024 avec un ressortissant français qu'elle a rencontré en 2020 ; après avoir vécu séparément, ils ont décidé de vivre ensemble à partir de juillet 2022 et ont déménagé à Montpellier lorsque son compagnon, fonctionnaire de police, a obtenu sa mutation au commissariat de Sète en décalant, de ce fait, leur projet de mariage de quelques mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Il fait valoir que la requérante, entrée sur le territoire français le 5 décembre 2023, ne dispose pas d'un visa de long séjour et ne justifie pas, par les pièces produites à l'appui de sa demande de titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, d'une communauté de vie effective depuis six mois.
Par une ordonnance du 14 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2024 à 12 heures.
Par un courrier du 25 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal, en cas d'annulation des décisions attaquées, était susceptible d'enjoindre d'office au préfet de l'Hérault de délivrer un titre de séjour à Mme D.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Mme D, ressortissante brésilienne née le 6 avril 1987, entrée en France le 5 décembre 2023 munie de son passeport biométrique, s'est mariée avec M. C, ressortissant français, le 5 mars 2024. Elle a sollicité, le 18 mars 2024, la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de conjointe de français. Par un arrêté du 22 juillet 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-2 de ce code dispose que : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. Mme D fait valoir qu'elle a rencontré M. C en 2020 et qu'après avoir vécu séparément, ils ont décidé de vivre ensemble en juillet 2022 avec le projet de se marier en mai 2023, projet qu'ils ont dû différer en raison de la mutation à Sète de M. C, fonctionnaire de police, au commissariat de Sète.
4. Si Mme D ne démontre pas la réalité de sa communauté de vie en union libre avec M. C depuis juillet 2022, ainsi qu'elle s'en prévaut, elle en justifie en revanche depuis le mois de septembre 2023, notamment par la production de leurs billets de train pour se rendre ensemble de Paris à Montpellier le 29 août 2023, du bail locatif signé le 1er août 2023 par M. C pour un appartement situé 66 route de Lodève à Montpellier où elle apparaît en qualité de second locataire, des quittances de loyer établies à leurs deux noms de septembre 2023 à août 2024, d'une attestation de EDF selon laquelle le contrat d'abonnement à l'électricité pour ce logement a été établi à leurs deux noms et d'un avenant au contrat d'assurance habitation souscrit le 31 août 2023 par M. C faisant apparaître leurs deux noms. La requérante produit en outre une demande d'aide au logement adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault le 5 janvier 2024 mentionnant la situation en union libre du couple, des factures établies à son nom à la même adresse de fin août 2023 à juillet 2024, relatives à des achats dont la plupart concerne son installation dans ce logement ainsi que son avis d'imposition des revenus de 2023 établi en 2024 à cette adresse.
5. Au regard de ces éléments, si Mme D ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français en application de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut de disposer d'un visa de long séjour, elle remplissait, en revanche, les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en cette qualité en application des dispositions de l'article L. 423-2 du même code dès lors que, en sa qualité de ressortissante brésilienne, exemptée de l'obligation de visa de court séjour, elle est revenue régulièrement sur le territoire français le 5 décembre 2023, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté, et qu'elle justifie, à la date de l'arrêté attaqué, d'une communauté de vie effective de plus de six mois avec M. C, ressortissant français avec lequel elle s'est mariée en France le 5 mars 2024. Il s'ensuit que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 juillet 2024 lui refusant le titre de séjour qu'elle sollicitait ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour d'une durée de trois mois prononcée à son encontre.
Sur l'injonction d'office :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre d'office au préfet de l'Hérault de délivrer un titre de séjour à Mme D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme D en lui faisant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour d'une durée de trois mois est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer un titre de séjour à Mme D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
M. Thomas Meekel, premier conseiller,
M. Mathieu Didierlaurent, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. B
L'assesseur le plus ancien,
T. Meekel
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 décembre 2024
La greffière,
C. Arce
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