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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404668

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404668

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. C A, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en contrepartie de son désistement à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et d'une motivation insuffisante dès lors que le préfet n'a pas pris en compte sa demande de changement de statut pour se voir délivrer un titre de séjour salarié suite à la demande d'autorisation de travail produite par son employeur ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France depuis août 2015 et y a établi le centre de ses intérêts privés ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a opposé un refus à sa demande sans examiner l'opportunité d'une mesure d'admission exceptionnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une motivation insuffisante ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle partielle par décision du 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corneloup, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Pitel-Marie, représentant M. A, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois né le 13 août 1986, est entré sur le territoire français en août 2015 muni d'un visa de long séjour " étudiant " et a bénéficié d'un titre de séjour à ce titre renouvelé jusqu'au 14 septembre 2023. Il a ensuite été recruté en contrat à durée déterminée par le conseil régional de l'Ordre des Architectes d'Occitanie en qualité d'assistant juridique à compter du 4 septembre 2023 et a sollicité, dans ces circonstances, un changement de statut d' " étudiant " à " salarié ". Par un arrêté en date du 7 mars 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant " " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. A soutient que le préfet a seulement examiné sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant sans prendre en compte sa demande de changement de statut pour se voir délivrer un titre de séjour salarié suite à la demande d'autorisation de travail produite par son employeur. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, après plusieurs années d'études dans le domaine juridique, a été recruté, à compter du 4 septembre 2023, par le conseil régional de l'Ordre des Architectes d'Occitanie, pour un poste d'assistant juridique en contrat à durée déterminée. M. A produit, dans ce cadre, la demande d'autorisation de travail établie le 3 août 2023 par son employeur à son profit et dont il résulte de l'instruction qu'aucune suite ne lui a été donnée. M. A, invité à se rendre en préfecture le 30 novembre 2023, a adressé, en l'absence d'instruction de sa demande, un courrier envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception, réceptionné par les services de la préfecture le 4 décembre 2023, sollicitant son changement de statut en salarié. Dans ces circonstances, et alors qu'il n'est pas contesté que le préfet a été informé de la demande de changement de statut présentée par M. A, cette autorité ne pouvait se dispenser d'étudier le droit au séjour du requérant en qualité de salarié, eu égard au contrat de travail et à l'autorisation de travail afférente qui lui ont été transmis. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le moyen soulevé par M. A tiré du défaut d'examen de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié doit être accueilli. Pour ce motif, la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée. La décision portant obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

5. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Hérault procède au réexamen de la demande de M. A, au regard de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et lui délivre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Badji Ouali.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 mars 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour en qualité de salarié de M. A, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Badji Ouali la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couegnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024

La Présidente-rapporteure,

F. Corneloup

L'assesseure la plus ancienne,

M. B

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 octobre 2024.

La greffière,

A. Junon0

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