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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404673

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404673

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 23 août 2024, M. C B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui accorder un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, d'enjoindre à cette autorité de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est entaché d'incompétence dès lors que la délégation de signature de M. A est trop générale ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors que le préfet n'a pas pris en compte sa fille mineure et n'a pas mentionné les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative aux droits des citoyens de l'Union européenne et des membres de leurs famille de circuler et de séjourner librement au sein de l'Union dès lors qu'il est père d'un enfant citoyen de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il participe activement à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corneloup, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 15 février 1981, déclare être entré en France le 15 janvier 2017 muni d'un visa de court séjour sans toutefois le prouver. Le 4 mars 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié et au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 10 juillet 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour effet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare résider en France depuis 2017, est le père d'une enfant ressortissante de l'Union européenne née le 23 mai 2021 en France, de mère allemande, qu'il a reconnue le 25 mai 2021. Le préfet de l'Hérault, pour refuser de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité, s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce qu'il ne contribuerait pas totalement à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Cependant, si à la date de l'arrêté attaqué, M. B ne vivait plus avec la mère de son enfant, il produit au dossier un jugement en date du 5 octobre 2023 par lequel la juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Montpellier lui a accordé le bénéfice de l'exercice conjoint de l'autorité parentale avec la mère de sa fille, a fixé la résidence habituelle de l'enfant Kenza chez sa mère avec un droit du visite du requérant tous les samedis, a fixé la contribution de M. B à l'entretien et à l'éducation de sa fille à 150 euros par mois à compter de la date du jugement et a ordonné l'interdiction de sortie de l'enfant du territoire français sans autorisation des deux parents. L'intéressé produit ses relevés bancaires faisant état de versements réguliers, depuis septembre 2021 jusqu'à juillet 2022 puis depuis mai 2023 par un virement permanent, de 150 euros par mois au profit de la mère de l'enfant. Il produit également des photographies témoignant de ses liens avec l'enfant ainsi que des justificatifs d'achats pour sa fille attestant ainsi de sa proximité affective avec elle et permettant d'établir qu'il participe effectivement à son entretien et à son éducation. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, en prenant à l'encontre de M. B un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qui aura pour effet de priver l'enfant de la présence de son père, le préfet de l'Hérault a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision portant refus de titre de séjour ainsi que la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

6. Eu égard au motif d'annulation retenu et par application des dispositions précitées de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B d'un titre de séjour. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de délivrer à M. B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 juillet 2024, par lequel le préfet de l'Hérault a refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couegnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024

La Présidente-rapporteure,

F. Corneloup

L'assesseure la plus ancienne,

M. D

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 octobre 2024

La greffière,

A. Junon

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