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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404727

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404727

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantS.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 12 août et 4 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2024, notifié le 27 juin 2024, par lequel le maire de la commune de Sigean l'a placé en congé de maladie ordinaire du 31 août 2023 au 23 janvier 2024 ;

2°) d'enjoindre au maire de Sigean de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie et, en conséquence, de requalifier son congé de maladie ordinaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service avec effet rétroactif au 31 août 2023, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Sigean à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie compte tenu des troubles dans ses conditions d'existence induits par l'arrêté attaqué ; la reconnaissance de l'incident survenu le 28 aout 2023 comme étant imputable au service, notamment par l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, lui aurait permis de retrouver confiance en lui et de percevoir un traitement complet ; outre la baisse de salaire à laquelle il a dû faire face malgré les nombreuses charges de son foyer, un indu sur rémunération d'un montant de 5 115,37 euros lui est réclamé et les conséquences psychologiques de l'incompréhension dans laquelle il se trouve sont préoccupantes ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué qui :

. est entaché de vices de procédure en l'absence d'information du médecin de service de médecine préventive et de son examen par un médecin expert spécialisé dans la pathologie dont il souffre ;

. est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 822-18, L. 822- 20 et L. 882-21 du code général de la fonction publique dès lors que sa pathologie rentre dans le champ d'application de l'accident de service ;

. méconnaît l'article 37-5 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 dès lors qu'il aurait dû être placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service provisoire dès le 7 octobre 2024 dans l'attente de la saisine et de l'avis du conseil médical ;

. méconnaît l'article L. 442-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la commune ne pouvait reprendre un nouvel arrêté et saisir une nouvelle fois, pour le même accident de service, le conseil médical qui s'était déjà prononcé le 12 décembre 2023, des arrêtés ayant été pris le 22 novembre 2023 pour régir sa situation ;

. méconnaît le principe général du droit de non rétroactivité des actes administratifs.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire enregistrés le 2 septembre 2024, la commune de Sigean, représentée par Me Garidou, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant ne justifie d'aucune urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2024 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie déclarée le 28 août 2023 dès lors que les titres exécutoires émis à son encontre portent sur l'IFSE qu'il a continué à percevoir durant son congé de maladie alors que la délibération fixant le RIFSEEP ne prévoit pas le maintien de cette prime en cas de congé de maladie ordinaire ; en outre, le recours contentieux formé par M. B contre le titre émis à son encontre le 25 janvier 2024 en a suspendu la force exécutoire et, n'ayant pas contesté le titre émis le 23 juillet 2024, l'intéressé s'expose lui-même, par son inertie, à ce que le comptable public engage des poursuites ; en tout état de cause, M. B travaille désormais pour la commune de Maureillas Las Illas et perçoit à ce titre une rémunération au grade d'attaché principal territorial échelon 6 et l'arrêté du 20 juin 2024 ne le prive pas de cette rémunération nécessaire au paiement de ses charges ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la requête enregistrée le 12 août 2024 sous le n° 2404726 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté susvisé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre, juge des référés,

- les observations de Me Aubert, pour M. B,

- et les observations de Me Paré, pour la commune de Sigean.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. M. B, attaché principal territorial recruté par la commune de Sigean par voie de mutation à compter du 15 juillet 2019 et détaché dans l'emploi fonctionnel de directeur général des services (DGS) de la commune de Sigean pour une durée de 4 ans et 15 jours, jusqu'au 31 juillet 2023, puis affecté au sein des services de la commune en qualité de directeur administratif des services techniques, s'est vu prescrire un arrêt de travail le 31 août 2023 renouvelé jusqu'au 23 janvier 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Sigean l'a placé en congé de maladie ordinaire du 31 août 2023 au 23 janvier 2024, à plein traitement du 1er septembre 2023 au 17 novembre 2023 et à demi-traitement du 18 novembre 2023 au 23 janvier 2024.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour soutenir qu'il y a urgence à suspendre l'arrêté attaqué du 20 juin 2024 le plaçant rétroactivement en congé de maladie ordinaire du 31 août 2023 au 23 janvier 2024, M. B, dont la commune de Sigean précise, sans être contredite, qu'il exerce désormais ses fonctions au sein des services de la commune de Maureillas Las Illas et perçoit à ce titre la rémunération correspondant au grade d'attaché principal territorial au 6ème échelon qu'il détient, se prévaut des deux titres exécutoires émis à son encontre le 25 janvier 2024 puis le 23 juillet 2024 par la commune de Sigean en vue du recouvrement d'un indu d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE), d'un montant de 5 115,37 euros, qu'il a perçu durant son congé de maladie. Toutefois et en tout état de cause, ainsi que le fait valoir la commune de Sigean en défense, M. B a contesté le bien-fondé du titre exécutoire émis le 25 janvier 2024 à son encontre par une requête enregistrée le 23 mars 2024 au greffe du tribunal sous le n° 2401751 et rien ne s'oppose à ce qu'il conteste le bien-fondé du titre émis à son encontre le 23 juillet 2024, de telles actions ayant pour effet de suspendre la force exécutoire de ces titres en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. En outre, l'arrêté du 20 juin 2024 n'a pas pour effet d'induire une perte de la rémunération que le requérant perçoit actuellement et reste, par suite, sans incidence, sur sa capacité à faire face aux charges de son foyer et les conséquences psychologiques dont fait état l'intéressé dans ses écritures, découlant de son incompréhension à ne pas avoir été placé en en congé pour invalidité temporaire imputable au service et d'une perte de confiance en soi, ne sauraient permettre de caractériser une quelconque situation d'urgence. Par suite, M. B ne justifie d'aucune urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué en date du 20 juin 2024.

5. Dès lors que la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est manifestement pas remplie, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2024 doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu d'examiner si l'un des moyens soulevés par le requérant est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2024, n'appelle aucune mesure pour son exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. M. B étant la partie perdante dans la présente instance, les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du requérant la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Sigean au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 1 000 euros à la commune de Sigean au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Sigean.

Fait à Montpellier, le 10 septembre 2024.

La juge des référés,

S. EncontreLe greffier

D. Lopez

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

A Montpellier, le 10 septembre 2024.

Le greffier,

D.Lopez0dl

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