vendredi 23 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | BOURRET MENDEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 août 2024, M. C A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Sète, représenté par Me Bourret-Mendel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à compter de l'expiration de délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L.911-2 et L.911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux différentes décisions :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation, en ce qu'il est relevé par une formule stéréotypée qu'il n'est pas allégué de risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation, pour défaut d'examen des quatre critères, en particulier la durée de présence et la menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à la durée au regard de sa situation personnelle, en particulier la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée.
Par mémoire enregistré le 18 août 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pater, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 août 2024 :
- le rapport de Mme Pater, magistrate désignée,
- les observations de Me Bourret-Mendel, qui a repris, en les précisant, les moyens présentés par écrit, et souligne que la procédure pénale jointe par le préfet des Pyrénées-Orientales en défense ne concerne pas le requérant.
- et celles de M. A assisté de M. F, interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 27 avril 1992 a été placé au centre de rétention administrative de Sète le 13 août 2024 par arrêté du 13 août 2024, dont il demande l'annulation, en tant que le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par une ordonnance du 17 août 2024, le juge de la liberté et de la détention près le tribunal judiciaire de Montpellier a prononcé son maintien en rétention.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par Mme B D. Par un arrêté du 23 avril 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture et produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Mme B D, cheffe du bureau de la réglementation générale et des élections, adjointe au directeur de la citoyenneté et de la migration, en l'absence ou en l'empêchement de M. E, de signer les décisions en ce qui concerne les attributions de la direction de la citoyenneté et de la migration et notamment les décisions de mise en œuvre des mesures concernant les ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre de l'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
6. L'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en 2018 a vu sa demande d'asile rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2021 confirmée par la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 août suivant. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire notifiée le 27 octobre 2021. Il est en situation irrégulière et n'a jamais entrepris de démarche en vue de régulariser sa situation. Il vit chez son oncle et le reste de sa famille vit en Algérie. Il est célibataire sans enfant. Dans ces conditions, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant à la vie privée et familiale protégée par les stipulations précitées.
8. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. La décision fixant le pays de renvoi constitue une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français, qui fait d'ailleurs l'objet d'une motivation spécifique. L'arrêté litigieux vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement admissible, qu'il a été débouté de sa demande d'asile et qu'il ne fait état d'aucun élément susceptible d'empêcher son retour dans son pays d'origine ou il est réputé avoir l'essentiel de ses centres d'intérêts. L'ensemble de ces mentions suffisent dès lors à permettre à M. A de comprendre le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.
10. Compte tenu de ce qui est jugé au point 8, l'exception d'illégalité doit être écartée.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant pays de destination doivent être rejetées
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile modifié par la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 applicable au litige : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et de dix ans en cas de menace grave à l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. Pour justifier de la durée de trois ans de l'interdiction de retour sur le territoire faisant suite à une obligation de quitter le territoire sans délai, pris sur le fondement des dispositions précitées visées par l'arrêté attaqué, le préfet, qui ne retient pas la menace à l'ordre public, fait état de ce que M. A, ne présente aucun billet de transport justifiant son retour dans son pays d'origine à court ou moyen terme, qu'il séjourne clandestinement sur le territoire national et dans l'espace Schengen, qu'il ne justifie d'aucun circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement dans l'espace Schengen, qu'il ne justifie pas d'attaches personnelles et familiales en France, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Ces éléments ne sont pas contestés par M. A en faisant valoir à l'audience être allé en Espagne à la suite de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Pyrénées-Orientales n'aurait pas également pris cette mesure sans examen de la durée de présence de M. A sur le territoire national, dont il est fait état dans le second considérant de l'arrêté. L'arrêté comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui fondent la décision attaquée, au regard notamment des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.
12. Les attaches familiales de M. A sont principalement en Algérie et selon ses déclarations à l'audience, il serait revenu sur le territoire national en 2023, soit très récemment. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant au caractère proportionné de la durée de trois ans infligés à M. A, dont serait entachée la décision attaquée, doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 13 août 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que relatives aux frais d'instance sont également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me. Bourret-Mendel.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2024.
La magistrate désignée, Le greffier,
B. PATER D. MARTINIER
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 23 août 2024
Le greffier
D. MARTINIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026