vendredi 6 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2404836 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 aout 2024, M. A E et Mme C B, représentés par Nausica avocats, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 11 juillet 2024 de la commission de l'académie de Montpellier qui lui refuse l'autorisation d'instruire en famille leur fille D ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de cette académie de délivrer provisoirement l'autorisation d'instruction en famille ou de réexaminer leur situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie car la scolarisation est prévue pour septembre prochain, l'enfant, née le 21 janvier 2017, est instruite en famille depuis 3 ans et sera perturbée en cas de changement, ;
- le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée découle de : 1) une erreur de droit ; 2) une erreur manifeste d'appréciation et une méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant ; 3) la commission est irrégulièrement composée.
Par un mémoire, enregistré le 2 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'urgence n'est pas établie ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l' éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Rabaté, vice-président, pour statuer sur les requêtes en référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 à 10 heures :
- le rapport de M. Rabaté, juge des référés.
- les observations de Me Fouret, pour les requérants, et de M. F, pour la rectrice de l'académie de Montpelier, qui persistent dans leurs écritures
Après avoir fixé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () ; 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. /(). ".
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, les parents qui souhaitent instruire en famille leur enfant au regard de l'existence d'une situation propre à celui-ci doivent, d'une part, expliciter et démontrer les besoins de l'enfant et, d'autre part, établir en quoi l'absence d'instruction en famille préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à cette situation.
5. Si les requérants arguent de l'imminence de la rentrée scolaire et du fait que l'enfant, âgée de 7 ans et scolarisée depuis trois en famille sera perturbée, ces circonstances, dont la seconde ferait obstacle à toute scolarisation ultérieure de l'enfant en établissement, ne suffisent pas à révéler une situation d'urgence.
6. Dès lors, en l'état de l'instruction, il n'apparaît pas que la situation des requérants et de leur fille revêtirait ainsi le caractère d'une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'ils contestent soient suspendue. Par suite, les conclusions du recours à fin de suspension, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives à l'article L761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. E et de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E et Mme C B, et à la rectrice de l'académie de Montpellier.
Fait à Montpellier, le 6 septembre 2024.
Le juge des référés,La greffière,
V. Rabaté B. Flaesch
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 6 septembre 2024,
La greffière,
B. Flaesch
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