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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404914

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404914

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP DILLENSCHNEIDER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août 2024 et 11 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Duhil de Bénazé, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision du 14 juin 2024 par laquelle le maire de la commune de Marseillan a refusé de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite ;

2°) de suspendre l'arrêté n° PC 034 150 23 V0054 du 13 février 2024 par lequel le maire de la commune de Marseillan a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la surélévation d'une construction sur un terrain sis chemin des Salans de Montpenedre ;

3°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à la commune de Marseillan de lui délivrer le certificat de permis de construire tacite ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Marseillan une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la recevabilité :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle est dirigée contre deux décisions qui présentent un lien suffisant entre elles et qu'elle a été introduite dans les délais de recours contentieux ;

Sur l'urgence :

- l'urgence est avérée dès lors que l'arrêté interruptif de travaux l'a conduit à devoir interrompre les travaux entrepris ; la construction se trouve perméable à l'air et à l'eau mais aussi à toute intrusion dès lors qu'elle ne dispose pas de menuiserie ; la dégradation de sa propriété est évidente et non contestée ; en outre, les décisions attaquées lui causent un préjudice financier lié à la remise en état voire à la reprise intégrale de l'ossature bois existante ;

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- il n'a pas reçu l'arrêté de refus de permis de construire du 13 février 2024 à l'adresse renseignée dans sa demande de permis de construire ; dès lors, faute de retour de l'administration dans un délai deux mois à compter du dépôt de son dossier de permis de construire en mairie, il a été bénéficiaire d'un permis de construire tacite à compter du 19 février 2024 ;

- le document n° 6 produit par la commune indiquant une adresse à Marseillan et non à Paris ne correspond pas au formulaire de demande déposée par l'architecte du projet ; la commune ne lui a pas notifié sa décision de refus dans les délais ; la jurisprudence dénie aux envois adressés aux architectes la valeur d'une notification régulière ; aucune tardiveté ne peut lui être opposée ; il est donc titulaire d'un permis de construire tacite conformément à l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme ;

- le maire était tenu de lui délivrer un certificat d'obtention d'un permis tacite ;

- l'arrêté du 13 février 2024 a illégalement procédé au retrait d'un permis de construire tacite à défaut de procédure contradictoire préalable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, la commune de Marseillan, représentée par Me Dillenschneider, conclut , à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête, dans tous les cas, à ce qu'une condamnation pour recours abusif soit prononcée à l'encontre de M. B en application de l'article R. 741-2 du code de justice administrative pour le montant maximal prévu par ce texte et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre deux actes administratifs distincts ;

- la contestation du refus de permis de construire est irrecevable ; le refus de permis de construire a été notifié le 15 février 2024 à l'adresse du pétitionnaire et par courriel à l'architecte du requérant, désigné comme correspondant dans le dossier de demande de permis de construire ; la requête au fond est tardive ;

- subsidiairement, il n'y a pas urgence à suspendre les décisions attaquées dès lors que M. B n'a sollicité un permis de construire qu'après l'arrêté interruptif de travaux ; en outre, le requérant ne saurait se prévaloir de la dégradation de la construction alors qu'il a attendu plus d'un an pour saisir le juge ; le requérant a été imprudent ;

- aucun moyen juridique n'est développé concernant une prétendue illégalité de l'arrêté de refus de permis de construire ;

- M. B ne peut se prévaloir d'un permis de construire tacite dès lors qu'il s'est vu notifier un refus de permis de construire avant l'expiration du délai d'instruction de sa demande.

Vu :

- la requête enregistrée le 23 août 2024 sous le n° 2404913 par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 à 10 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés,

- les observations de Me Duhil de Bénazé, représentant M. B, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Dillenschneider, représentant la commune de Marseillan, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a réalisé au début de l'année 2023 des travaux de surélévation du mas qu'il a acquis en 1994. Par arrêté du 21 mars 2023, le maire de Marseillan lui a notifié un arrêté interruptif de travaux. M. B a déposé le 18 décembre 2023 une demande de permis de construire de régularisation pour la surélévation d'une construction sur un terrain cadastré section AK n° 2 sis chemin des Salans de Montpenedre. Le requérant a sollicité par courrier du 3 juin 2024 adressé aux services de la commune de Marseillan la délivrance d'un certificat de permis de construire tacite qui serait né selon lui le 19 février 2024. Par une décision du 14 juin 2024, le maire de Marseillan a refusé de lui délivrer un tel certificat au motif qu'un arrêté de refus de permis de construire lui a été notifié par courrier et par courriel, le 13 février 2024. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de suspendre la décision du 14 juin 2024 par laquelle le maire de la commune de Marseillan a refusé de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite et l'arrêté n° PC 034 150 23 V0054 du 13 février 2024 par lequel le maire de la commune de Marseillan a refusé de lui délivrer un permis de construire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier objectivement et concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant et de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour soutenir qu'il y a urgence à suspendre l'exécution des décisions attaquées, M. B soutient que sa construction se trouve, du fait de l'impossibilité de finaliser les travaux, perméable à l'air et à l'eau mais aussi à toute intrusion dès lors qu'elle ne dispose pas de menuiserie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, n'a sollicité un permis de construire qu'après l'arrêté ordonnant l'interruption des travaux entrepris sans autorisation. En outre, les décisions litigieuses ne privent pas le requérant de son droit de protéger sa construction par des mesures provisoires et réversibles, notamment par l'installation de bâches de protection. Enfin, si le requérant fait état d'un préjudice financier lié à la remise en état voire à la reprise intégrale de l'ossature bois existante, il ne produit aucune pièce de nature à l'établir. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la condition d'urgence n'apparaît pas remplie en l'espèce.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense et sur le doute sérieux sur la légalité des décisions en litige, que les conclusions de la requête présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chacune des parties les frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.

Sur l'application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

8. La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la commune de Marseillan tendant à ce que le requérant soit condamné à une telle amende ne sont pas recevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Marseillan.

Fait à Montpellier, le 13 septembre 2024.

La juge des référés,

F. Corneloup

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 24 septembre 2024.

La greffière,

A. Junon

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