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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404943

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404943

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 21 juin 2024 par laquelle la commission de l'académie de Montpellier a refusé à Mme F et M. B l'autorisation d'instruire en famille leur fille E. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les requérants n'ayant pas démontré en quoi l'absence d'instruction en famille préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de l'enfant, âgée de trois ans, ni établi que sa scolarisation en établissement serait perturbante. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation, notamment l'article L. 131-5, et la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, Mme D F et M. C B, représentés par Me Vocat, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 juin 2024 de la commission de l'académie de Montpellier qui lui refuse l'autorisation d'instruire en famille leur fille E;

2°) d'enjoindre à la rectrice de cette académie de délivrer l'autorisation d'instruction en famille ;

3°) de leur accorder l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie car l'enfant, née le 4 juin 2021, sera perturbée si l'instruction en famille cesse, la situation professionnelle de son père, qui se déplace dans toute la France avec sa famille sera compromise, et l'intérêt de l'enfant n'est pas d'être dans une école, la rentrée est imminente, et ses parents en ne la scolarisant pas seraient exposés à des poursuites ;

- le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée découle de : 1) une insuffisante motivation ; 2) un vice de procédure, le refus initial n'ayant pas été notifié deux mois après la demande qui a donc été implicitement acceptée ; 3) une méconnaissance de l'article L131-8 du code de l'éducation ; 4) une erreur manifeste d'appréciation de l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire, enregistré le 10 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Rabaté, vice-président, pour statuer sur les requêtes en référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Rabaté, juge des référés ;

- les observations de M. A, pour la rectrice de l'académie de Montpelier, qui persiste dans ses écritures.

Après avoir fixé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () ; 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. /(). ".

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, les parents qui souhaitent instruire en famille leur enfant au regard de l'existence d'une situation propre à celui-ci doivent, d'une part, expliciter et démontrer les besoins de l'enfant et, d'autre part, établir en quoi l'absence d'instruction en famille préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à cette situation.

5. Si les requérants arguent de l'imminence de la rentrée scolaire, ce seul fait ne suffit pas à révéler une situation d'urgence. Et aucune pièce ne démontre que leur enfant, âgé de 3 ans, serait perturbé en cas de scolarisation en établissement. Les requérants font enfin valoir que le travail de M. B nécessite des déplacements et l'itinérance de sa famille. Mais aucune des pièces produites, attestations peu circonstanciées de l'employeur, des réservations d'appartements à Dijon et Lyon du 7 au 18 avril 2024, des attestations peu probantes des intéressés, ne le démontre.

6. Dès lors, en l'état de l'instruction, il n'apparaît pas que la situation des requérants et de leur fille revêtirait ainsi le caractère d'une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'ils contestent soient suspendue. Par suite, les conclusions du recours à fin de suspension, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire, et celles relatives à l'article L761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er La requête de Mme F et de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D F, à M. C B, à Me Vocat et à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Fait à Montpellier, le 13 septembre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

V. Rabaté L. Rocher

La République mande et ordonne à la rectrice de l'académie de Montpellier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 septembre 2024,

La greffière,

L. Rocher

N°2404943 lr

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