Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, M. A... B..., représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 7 mars 2024 par laquelle le préfet de l’Hérault lui a refusé un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination et la décision du 27 juin 2024 par laquelle le préfet de l’Hérault a rejeté son recours gracieux ;
2°) d’enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « étudiant » à compter de la notification de la décision à intervenir dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jours de retard ou à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Ruffel, avocat de M. B..., de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision de refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- les décisions sont entachées d’une erreur manifestement d’appréciation ;
- la décision de refus de séjour est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le préfet ne pouvait se fonder sur l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à raison de sa nationalité algérienne ;
- les décisions méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 6 paragraphe 5 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- les décisions sont entachées d’erreur d’appréciation, dès lors qu’il encourt des risques réels dans son pays d’origine du fait de son orientation sexuelle.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Sur le rejet du recours gracieux du 27 juin 2024 :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux et d’erreurs de fait ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 6 paragraphe 5 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet de l’Hérault, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du
30 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- et les observations de Me Brulé, substituant Me Ruffel, représentant de M. B....
1. M. B..., ressortissant algérien, est entré en France le 27 août 2017 muni d’un visa « étudiant ». Il a bénéficié de titres de séjour en cette qualité. Le 8 septembre 2023, M. B... a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d’étudiant. Par un arrêté du
7 mars 2024, le préfet de l’Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l’accord franco-algérien : « Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (…) reçoivent, sur présentation soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire" ». Pour l’application de ces stipulations, il appartient à l’administration, saisie d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », d’apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l’excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l’étudiant et à la cohérence de son parcours.
Comment by MARCOVICI Aude: L’article n’est cité ni par le requérant, ni par le préfet dans sa décision (il le fait par erreur dans son mémoire en défense), mais aucun ne fait application des articles du CESEDA, il me semble donc que la substitution de base légale n’est pas nécessaire, le préfet ayant visé l’accord franco-algérien dans sa décision attaquée.
Le préfet ne cite pas dans sa décision l’article L. 422-1 du CESEDA.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré en France en 2017 sous couvert d’un visa D étudiant. Il a validé au titre de l’année universitaire 2020/2021 sa deuxième année de licence « Science et vie », après quatre tentatives. Inscrit en troisième année de licence « Sciences de la vie physiologie animale et neuroscience » au titre des années scolaires 2021/2022 et 2022/2023, il a été ajourné et s’est inscrit au titre de l’année 2023/2024 pour une troisième fois consécutive. Si M. B... n’avait pas validé son cinquième semestre à la date de la décision attaquée, il ressort des attestations de ses professeurs qu’il était présent aux travaux dirigés et aux examens et qu’il se montrait assidu et motivé. Pour justifier de la lenteur de sa progression,
M. B... fait état de problèmes de santé qui ne sont pas contestés par le préfet. Ainsi, et alors même que le requérant n’a obtenu son diplôme de licence que postérieurement à la date de la décision attaquée, il justifie d’une progression lente mais régulière et de la cohérence de son parcours. Dans ces conditions et dans les circonstances très particulières de l’espèce, le préfet a fait une inexacte appréciation des faits en estimant qu’ils étaient de nature à faire obstacle à la délivrance d’un titre de séjour « étudiant » au requérant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de l’Hérault du 7 mars 2024 refusant de renouveler le titre de séjour en qualité d’étudiant de M. B... doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination et le rejet de recours gracieux du 27 juin 2024.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
5. Eu égard au motif d’annulation retenu au point 3, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B... d’une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de l’Hérault de procéder à la délivrance de cette carte de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Ruffel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Ruffel.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du préfet de l’Hérault du 7 mars 2024 et la décision de rejet du recours gracieux du 27 juin 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l’Hérault de délivrer à M. B... un titre de séjour en qualité d’étudiant dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Ruffel, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet de l’Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le rapporteur,
C...
Le président,
J. Charvin
La greffière,
A-L. Edwige
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 novembre 2024,
La greffière,
A-L. Edwige