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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405050

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405050

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKOUAHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 2 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Kouahou, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas apprécié l'opportunité d'une régularisation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux circonstances humanitaires lui permettant de bénéficier d'une régularisation au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, notamment des conséquences de la décision sur sa santé et sa vie ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;

- et les observations de Me Kouahou, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née le 11 décembre 1997, s'est présentée à la préfecture de l'Hérault pour le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée pour la période du 1er décembre 2023 au 31 mai 2024. Elle a été interpellée le 8 août 2024 et placée en garde à vue pour détention et usage de faux documents d'identité et obtention indue de documents administratifs. Par un arrêté du 13 août 2024, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation dudit arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A, laquelle a, par arrêté du 25 juin 2014, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault du

28 juin 2014, reçu compétence, en qualité de chef de bureau de l'asile et de l'éloignement et du contentieux, pour signer tous arrêtés ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Ainsi, Mme C ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions au soutien de conclusions dirigées contre une obligation de quitter le territoire. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires au regard de ces dispositions doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance d'examen réel et sérieux ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. La requérante fait valoir être entrée sur le territoire national pour la première fois en 2017 pour se soigner et avoir pu développer avec les médecins qui la suivent des relations sociales et personnelles qui lui permettent d'être suivie efficacement. Il ressort des pièces du dossier que, depuis 2017, elle fait des allers-retours entre la France et l'Arménie, est célibataire, n'a pas d'attache familiale en France et n'est pas isolée dans son pays d'origine où elle a gardé tous ses liens familiaux. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, la requérante, qui n'a que récemment sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, n'établit pas par les pièces produites au dossier la gravité de son état de santé nécessitant qu'un parcours de soins initié en France ne soit pas interrompu. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son éloignement sur son état de santé et sa vie doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de l'obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article

L. 612-11 ". La motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.

12. Après avoir refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet du département de l'Hérault s'est fondé sur les dispositions précitées pour prononcer à l'encontre de Mme C une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

13. En premier lieu, après avoir visé l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet retient que Mme C entre et séjourne depuis 2017 sur le territoire national de façon irrégulière, qu'elle ne justifie pas d'attaches sur le territoire français, qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'enfin, elle représente une menace à l'ordre public pour avoir obtenu une mesure de protection et des autorisations de séjour en utilisant de faux documents d'identité et de circulation ukrainiens. Dès lors, la décision attaquée du préfet de l'Hérault, qui a ainsi apprécié la situation individuelle de Mme C au regard des quatre critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En dernier lieu, il résulte des dispositions précitées que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Compte tenu de sa situation personnelle rappelée au point 8 et de ce qu'elle allègue sans le justifier que le défaut de soins et de prise en charge médicale sur le territoire national risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé et sa vie, la requérante ne justifie pas de " circonstances humanitaires " au sens des dispositions précitées. Pour les mêmes motifs et en raison des faits délictueux constitutifs d'une menace à l'ordre public, la durée de deux ans prononcée par le préfet n'apparait pas disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et du caractère disproportionné de la mesure doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire doivent être rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de l'Hérault et à Me Kouhaou.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

J.P Gayrard

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 novembre 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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