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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405059

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405059

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantGHIAMAMA MOUELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. B D, représenté par Me Ndoye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Aude du 1er septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a ses trois enfant en France qui sont scolarisés ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

la décision portant interdiction de retour d'une durée de trois an :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lauranson, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lauranson ;

- les observations de Me Ndoye pour M. D, présent à l'audience en présence de M. C interprète qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 13 juillet 1986 à Mostaganem, de nationalité algérienne, a été interpellé sur le territoire français par les services de la police nationale le 31 août 2024. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de l'Aude du 1er septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'arrêté en litige est signé pour le préfet de l'Aude et par délégation, par M. A E, sous-préfet de Limoux. Par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties et visé dans l'arrêté, le préfet de l'Aude a accordé à M. A E, sous-préfet de Limoux, une délégation lui donnant compétence pour signer les décisions prises en matière d'éloignement des étrangers en situation irrégulière. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

5. M. D soutient que cette décision porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et fait état de la présence en France de son épouse, trois enfants, et de l'état de santé de son fils ainé, qui souffre d'un trouble d'autisme. Toutefois, M. D est arrivé très récemment en France. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'épouse de M. D, également de nationalité algérienne et qui est arrivée en France en 2021, serait en situation régulière à la date de l'arrêté en litige. Par ailleurs, les différents documents médicaux versés à l'instance par M. D ne suffisent pas à établir que le suivi pluridisciplinaire prescrit à cet enfant ne pourrait être assuré en Algérie. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention précitée en prenant l'obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes raisons, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de cette décision ne peut qu'être écarté.

8. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, et alors que M. D a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 22 mai 2023 et est revenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il y était interdit pendant deux ans, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

11. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B M. D, au préfet de l'Aude et à Me Ndoye.

Le magistrat désigné,Le greffier,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 11 septembre 2024.

Le greffier,

D. MARTINIER

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