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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405063

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405063

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Montpellier concerne un recours en excès de pouvoir formé par M. B A contre un arrêté du ministre de l'intérieur du 30 juin 2024 lui imposant, pour trois mois, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) sur le fondement de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure. Le requérant contestait la légalité de cette mesure, arguant notamment d'une insuffisance de motivation et d'une absence de menace actuelle pour l'ordre public. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que les conditions légales étaient remplies et que la décision n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2024, notifié le 2 juillet suivant, par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris à son encontre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, pour une durée de trois mois, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS), lui faisant interdiction de quitter le territoire des départements de l'Hérault et du Gard et obligation de se présenter une fois par jour au commissariat de police de Montpellier ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle ne satisfait pas aux conditions posées par l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure dès lors que son comportement ne constitue pas une menace actuelle pour la sécurité et l'ordre publics, qu'il n'est pas en relation habituelle avec des personnes ou organisation en lien avec le terrorisme et qu'il ne soutient ni ne diffuse aucune thèse incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard, d'une part, au caractère imprécis de la note blanche des services de renseignement et à l'absence de tout élément de nature à caractériser une menace et, d'autre part, à sa vie familiale et à son intégration tant professionnelle que personnelle.

Par un mémoire enregistré le 5 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a transmis le 5 septembre 2024 un mémoire séparé qui n'a pas été communiqué à M. A en application des dispositions de l'article L. 773-11 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteur publique ;

- et les observations de Me Mazas, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris à l'encontre de M. A une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance régie par les articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure lui interdisant, pour une durée de trois mois, de se déplacer en dehors du territoire des département de l'Hérault et du Gard, sauf autorisation, et lui faisant obligation de se présenter une fois par jour, à 17h00, au commissariat de police de Montpellier. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre. ". L'article L. 228-2 du même code prévoit que : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1°Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2°Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3 Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. / () Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / Toute décision de renouvellement des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article est notifiée à la personne concernée au plus tard cinq jours avant son entrée en vigueur. La personne concernée peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue l'annulation de la décision dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué sur la légalité de la décision au plus tard dans un délai de soixante-douze heures à compter de la saisine du tribunal. Dans ce cas, la mesure ne peut entrer en vigueur avant que le juge ait statué sur la demande. () / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, ou à compter de la notification de chaque renouvellement lorsqu'il n'a pas été fait préalablement usage de la faculté prévue au huitième alinéa, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les mesures individuelles que prévoit l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

4. Pour prendre l'arrêté contesté, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, après avoir caractérisé le niveau élevé de la menace terroriste qui se maintient sur le pays depuis plusieurs mois, a estimé qu'il existait des raisons sérieuses de penser que le comportement de M. A constituait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public aux motifs que l'intéressé était acquis aux thèses radicales de l'islam, qu'il a été en relation avec un ressortissant tchétchène poursuivi pour des faits de terrorisme et qu'il a été signalé pour la publication de messages faisant l'apologie des actes de terrorisme et du djihad.

5. Pour justifier sa décision, le ministre se prévaut des conclusions de la note établie par les services de renseignement qui décrit M. A comme un ressortissant russe acquis aux thèses radicales de l'islam et en relation avec un individu signalé pour des faits de terrorisme. Toutefois, cette note, dont la teneur a été reprise par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, ne comporte aucun élément circonstancié permettant de caractériser la nature et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec cet individu. S'il lui est également reproché d'avoir cautionné l'attaque du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, estimant cette attaque justifiée par le sort subi depuis des années par les palestiniens, ainsi que d'avoir contesté le caractère terroriste de l'attentat perpétré dans un lycée d'Arras le 13 octobre 2023 et affirmé, en octobre 2023, qu'il était beau de mourir au combat pour Allah, glorifiant à cette occasion ses ancêtres tchéchènes, sacrifiés pour libérer leur pays et y instaurer la charia, les pièces qui ont été portées à la connaissance du tribunal, qui sont insuffisamment précises et circonstanciées pour établir la teneur exacte des propos de l'intéressé ainsi que le contexte dans lequel ils ont pu être tenus, ne permettent pas de caractériser la gravité de la menace que le comportement de l'intéressé est susceptible de représenter pour la sécurité et l'ordre publics, alors, d'une part, qu'il ne ressort pas des pièces versées à l'instance que M. A, qui conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés et soutient que s'il est musulman, il est foncièrement opposé aux thèses de l'islam radical, aurait publiquement manifesté son soutien ou son adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou fait l'apologie de tels actes et, d'autre part, que la visite effectuée à son domicile par les services de la police judiciaire le 2 mai 2024 a conclu à l'absence d'éléments susceptibles de constituer une telle menace. Dans ces conditions, en l'absence de tout autre grief établi à son encontre, le ministre ne rapporte pas la preuve que le comportement de M. A, dont il est constant qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation ni même d'aucune procédure judiciaire, laisserait sérieusement penser qu'il représente une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public de nature à justifier l'édiction à son encontre de l'arrêté du 30 juin 2024. Par suite, et alors même que le contexte national et international rappelé par l'administration est marqué par le niveau élevé de la menace terroriste, laquelle est majorée en France par l'organisation et l'accueil des jeux olympiques et paralympiques au cours de l'été 2024, en prenant à l'encontre de M. A une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a méconnu les dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure et commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 30 juin 2024 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 30 juin 2024 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault et au procureur de la République de Montpellier.

Délibéré à l'issue de l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

M. Louis-Noël Lafay, premier conseiller,

M. Mathieu Lauranson, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

J. Charvin

La greffière,

L. SalsmannL'assesseur le plus ancien,

L.-N. Lafay

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 septembre 2024,

La greffière,

L. Salsmann

N°2405063Ls

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