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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405253

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405253

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDE ARANJO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12, 13 et 16 septembre 2024, M. D B, représenté par Me A, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- est entaché d'une erreur de fait quant au renouvellement de son titre de séjour ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public au regard de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault le 12 septembre 2024.

Par un mémoire en intervention enregistré le 16 septembre 2024, Mme C B, représenté par M. A, s'associe aux conclusions de M. B.

Elle soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français préjudiciera à leur vie commune et au lien avec leurs enfants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Huchot, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huchot ;

- les observations de Me A, représentant M. B, présent ;

- et les observations de Me A, représentant Mme B, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 septembre 2024, le préfet de l'Hérault a obligé M. B, né le 8 juin 1985 et de nationalité algérienne, à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. Par sa requête, M. B, détenu, demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et précise la situation administrative et le parcours du requérant, notamment la durée de sa présence en France, sa situation familiale et les diverses condamnations pénales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 24 janvier 2022, notifié le 27 janvier suivant, le certificat de résidence de dix ans a été retiré à M. B et qu'un titre de séjour valable un an, expirant le 21 février 2022 lui a été accordé. Or, et quand bien même M. B n'aurait pas reçu la carte matérialisant ce certificat de résidence, il est constant que M. B n'a pas sollicité le renouvellement de ce titre de séjour annuel. Par suite, c'est sans erreur de fait que le préfet de l'Hérault a pu indiquer que M. B n'avait pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour et ledit moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français à l'âge de 5 ans et qu'il a bénéficié de certificats de résidence de dix ans renouvelés en dernier lieu jusqu'au 18 novembre 2021 avant d'être retiré ainsi qu'il a été dit au point 5 et qu'il bénéficiait d'un certificat de résidence annuel expirant le 21 février 2022. M. B est par ailleurs marié à une ressortissante française depuis 2012 et est père de quatre enfants français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné à quinze reprises à des peines d'emprisonnement pour des faits d'atteinte aux biens et aux personnes, d'abord le 20 octobre 2003 à un an d'emprisonnement pour des faits de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique, le 4 mars 2005 à un an d'emprisonnement pour conduite sans permis, violence et blessure volontaire par conducteur d'un véhicule terrestre à moteur et délit de fuite, le 16 décembre 2005 à un an d'emprisonnement pour vol avec violence et port prohibé d'arme de catégorie 4, le 26 octobre 2007 à un an d'emprisonnement pour vol par effraction, le 31 octobre 2007 à un an et six mois d'emprisonnement pour violences aggravées, le 16 septembre 2008 à quatre mois d'emprisonnement pour recel, le 14 janvier 2009 à un mois d'emprisonnement pour conduite sans permis et sans assurance, le 3 mars 2009 à un an et demi d'emprisonnement pour vol par effraction, vol aggravé, menace de crime ou de délit contre un professionnel de santé, refus d'obtempérer, et violences sur conjoint, le 14 octobre 2011 à quatre mois d'emprisonnement pour un refus d'obtempérer et conduite sans permis, le 16 octobre 2012 à une peine de trois ans d'emprisonnement pour vol par effraction, délit de fuite et conduite sans permis, le 24 octobre 2012 à quatre ans d'emprisonnement pour vol par effraction, violence avec usage d'une arme, le 19 février 2013 à six mois d'emprisonnement pour conduite sans permis, le 14 août 2013 à deux mois d'emprisonnement pour recel, le 4 avril 2018 à deux ans d'emprisonnement pour vol par effraction et en dernier lieu le 30 août 2022 par le tribunal correctionnel de Montpellier à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Dans ces conditions, eu égard à la menace à l'ordre public que représente M. B et malgré son mariage et la présence de ses enfants français, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". L'article L. 432-1 du même code prévoit par ailleurs : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

8. M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées dès lors que l'arrêté en litige ne refuse pas la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 6, le comportement de M. B représente une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de L. 432-13 du même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 423-23 () ".

10. D'une part, ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

11. D'autre part, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que la circonstance que M. B représente une menace à l'ordre public fait obstacle à ce qu'il lui soit délivré un certificat de résidence de plein droit. Par suite, le préfet de l'Hérault n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour et ledit moyen doit être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B représente une menace grave à l'ordre public et qu'en telle situation, la durée maximale de l'interdiction de retour sur le territoire français est de dix ans. Ainsi, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans à l'encontre de M. B, marié à une ressortissante française et père d'enfant français, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.

15. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

16. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant et ses enfants sont de nationalité française et qu'il leur est ainsi loisible de se rendre en Algérie pour lui rendre visite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D B, à Mme C B et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

N. Huchot

La greffière,

C. TouzetLa République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 16 septembre 2024

La greffière,

C. Touzet

N°2405253

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