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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405287

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405287

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDE ARANJO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024, M. C A, représenté par Me De Aranjo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que sa demande de titre de séjour est en cours ;

*la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de clôture de sa demande de titre de séjour :

o en ce qu'elle n'est pas définitive ;

o méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

*la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 septembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Huchot, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huchot ;

- les observations de Me De Aranjo, représentant M. A, présent et assisté de M. B, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 7 mars 2006 et de nationalité tunisienne, déclare être entré sur le territoire français en 2021 en étant mineur. Par un arrêté du 12 septembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Lucien Giudicelli. Par un arrêté du 12 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, pour signer tous les actes et décisions notamment en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, M. A ne dispose d'aucune demande de titre de séjour en cours d'instruction à la préfecture du Var, celle déposée en début d'année 2024 ayant fait l'objet d'une clôture pour absence de transmission de documents demandés, laquelle s'analyse en un refus intervenu le 11 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A soutient être entré sur le territoire français en 2021 en compagnie de son frère et avoir été pris en charge dans un foyer de Toulon. Toutefois, il est constant que M. A n'est pas isolé dans son pays d'origine ou vivent encore ses parents et que la présence de l'intéressé est très récente à la date de l'arrêté en litige. Par ailleurs, M. A est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, quand même M. A montre une volonté d'intégration professionnelle, le préfet du Var n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ou en refusant la demande de titre de séjour présenté par l'intéressé au début de l'année 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 soulevé à l'encontre de l'arrêté attaqué ou à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour soulevé par la voie de l'exception doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, en l'absence d'illégalité retenue à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 7, et même si M. A ne représente pas une menace à l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Var aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C A, à Me De Aranjo et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

N. Huchot

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 19 septembre 2024

Le greffier,

D. Martinier

N°2405287

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