mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2405299 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Toumi, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Hérault a accordé le concours de la force publique à compter du 15 septembre 2024 aux fins d'exécution du jugement du tribunal judiciaire de l'expulser de son logement situé 610 B avenue de Louisville à Montpellier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
-l'urgence est caractérisée en raison de l'imminence de la mise en œuvre de cette mesure à compter du 15 septembre 2024 alors qu'elle occupe le logement avec ses trois enfants mineurs et ne dispose d'aucune possibilité de relogement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle repose sur un commandement de quitter les lieux annulé par le juge de l'exécution ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à la dignité de la personne humaine dès lors qu'un protocole d'accord a été signé avec ACM Habitat pour solder sa dette, postérieurement à la décision judiciaire d'expulsion, qu'elle ne dispose d'aucune possibilité de relogement, est prioritaire pour être relogée en urgence compte tenu de la composition familiale, ne dispose pas des ressources nécessaires pour obtenir un logement dans le parc privé et que la décision d'expulsion fait l'objet d'un appel.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jérôme Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par ordonnance du 25 octobre 2023, le tribunal judiciaire de Montpellier a ordonné l'expulsion de Mme B du logement qu'elle occupe située 610 B avenue de Louisville à Montpellier. Saisi d'une demande de concours de la force publique, le préfet de l'Hérault a, par décision du 19 juillet 2024, accordé le concours de la force publique à compter du 15 septembre 2024. Par la présente requête en référé, Mme B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes enfin de l'article L 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1 ".
4. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. A l'appui de ses conclusions aux fins de suspension de la décision du 19 juillet 2024, Mme B soutient qu'elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle repose sur un commandement de quitter les lieux annulé par le juge de l'exécution et qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à la dignité de la personne humaine dès lors qu'un protocole d'accord a été signé avec ACM Habitat, postérieurement à la décision judiciaire d'expulsion, pour solder sa dette, qu'elle ne dispose d'aucune possibilité de relogement, est prioritaire pour être relogée en urgence compte tenu de la composition familiale, ne dispose pas des ressources nécessaires pour obtenir un logement dans le parc privé et que la décision d'expulsion fait l'objet d'un appel.
6. Cependant, aucun des moyens ainsi invoqués n'est manifestement propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 19 juillet 2024. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence justifiant que soit suspendue l'exécution de cette décision, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentée par Mme B comme étant manifestement mal fondées, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative précitées.
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance de référé, la somme demandée par la requérante au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Toumi.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Montpellier, le 18 septembre 2024.
Le juge des référés,
J. Charvin
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 18 septembre 2024
La greffière,
L. SalsmannLs
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