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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405329

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405329

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet du préfet de l'Hérault refusant à M. A un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant ne justifiant pas de circonstances particulières nécessitant une mesure provisoire immédiate, d'autant qu'il se maintient irrégulièrement en France et que sa demande de titre n'a pas fait l'objet d'un refus explicite. La solution retenue s'appuie sur l'absence d'urgence caractérisée, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de légalité soulevés (défaut de motivation, méconnaissance de l'article L. 423-2 du CESEDA et de l'article 8 de la CEDH).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 septembre et 8 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 4 décembre 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision de rejet en litige dès lors qu'il a déposé, en décembre 2023 auprès de la préfecture de l'Hérault, une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une citoyenne française, le refus en litige fait obstacle à son souhait de travailler ;

- la décision implicite de refus en litige, dont l'existence est matérialisée par le fait que, contrairement à ce que le préfet oppose, il a bien fait, en vain, toutes les diligences possibles, notamment en recourant, à l'aide du CCC, par appel téléphonique et au dépôt, en dernier lieu, le 6 août 2024, d'un autre formulaire, fait naître un doute sérieux sur sa légalité en ce qu'elle est entachée :

. d'un défaut de motivation, laquelle a été sollicitée le 18 avril 2024,

. d'une méconnaissance de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de son entrée régulière en France par la production de son visa Schengen valable du 8 décembre 2018 au 21 janvier 2019 et de son mariage le 18 octobre 2019 avec une ressortissante française,

. d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie, d'une part, dès lors que l'intéressé se maintient en situation irrégulière depuis les mesures d'éloignement prises à son encontre, pour la dernière le 16 août 2022 et validée le 31 janvier 2023 par le Tribunal, d'autre part, du fait que la demande de titre de séjour en cause s'est heurtée à un blocage d'instruction d'ordre technique et qu'elle peut, et devait être, réitérée, à défaut, elle ne fait pas, en l'état, l'objet d'un refus implicite ;

- elle n'est pas fondée en droit, le requérant, qui ne justifie pars d'une entrée régulière en France comme l'a jugé le Tribunal, ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il non plus utilement se prévaloir d'une durée de séjour en situation irrégulière en France, alors que ses attaches au Maroc sont importantes puisque ses trois enfants, tous mineurs, y vivent, sa fille née le 20 août 2018.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, vice-président ;

- et les observations de Me Ruffel, pour le requérant.

Une note en délibéré, présentée par M. A, représenté par Me Ruffel, a été enregistrée le 8 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Si cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du retrait ou du refus de renouvellement d'un titre de séjour, il appartient en revanche au requérant, dans les autres cas, au nombre desquels figure le refus de première demande de titre, de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier électronique en date du 9 février 2024, les services du préfet de l'Hérault en charge de l'instruction de la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " déposée le 4 décembre 2023 par M. A sur le site de l'Anef, ont informé l'intéressé qu'à la suite d'un problème technique, d'une part, que l'instruction du dossier de sa demande de titre de séjour était empêchée, d'autre part, qu'il lui appartenait de déposer une nouvelle demande. Or, il est constant que M. A a, depuis lors et à plusieurs reprises, en vain, tenté de déposer une nouvelle demande dans les conditions qui lui avait été indiquées par le préfet et a même saisi le service d'assistance prévu à cet effet sans plus de résultat. Par suite, en l'état, M. A, qui est marié depuis 2019 à une ressortissante française avec laquelle la communauté n'est pas contestée par le préfet, et qui peut se prévaloir d'un refus définitif d'instruire sa demande de titre de séjour, dont le caractère complet n'est pas discuté, équivalant à un refus implicite opposé à sa demande, établit l'urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision en litige.

4. En l'état, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision est de nature à créer un doute sur la légalité de la décision en litige.

5. Il y a donc lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " déposée le 4 décembre 2023 par M. A sur le site de l'Anef.

6. Cette suspension implique nécessairement que le préfet se prononce expressément sur la demande de titre de séjour de M. A et, dans l'attente, lui délivre un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la notification de la présente décision.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 650 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", déposée le 4 décembre 2023 par M. A, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de se prononcer expressément sur la demande de titre de séjour de M. A et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : l'Etat versera une somme de 650 euros à M. A en application des dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés, La greffière,

E. Souteyrand A. Farell

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 octobre 2024.

La greffière,

A. Farel

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