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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405345

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405345

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405345
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de M. A. Le requérant contestait la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Toulouse du 14 août 2024 l'affectant au centre pénitentiaire de Béziers, invoquant une atteinte à ses liens familiaux. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la décision n'avait pas modifié l'établissement de détention de l'intéressé, déjà incarcéré à Béziers. Par conséquent, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Salkazanov, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 14 août 2024 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Toulouse décidant de l'affecter au centre pénitentiaire de Béziers ;

3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de le transférer dans un établissement pénitentiaire proche de Marseille, afin d'assurer le maintien des liens familiaux ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'urgence est caractérisée : l'exécution de la décision contestée est incompatible avec le maintien de ses liens familiaux dès lors que sa famille proche réside près de Marseille ce qui entraîne des frais de logement et d'essence conséquents pour sa compagne lorsqu'elle vient lui rendre visite ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : elle a été prise par une autorité incompétente ; elle méconnait les dispositions de l'article D 211-28 du code pénitentiaire dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la consultation du juge d'application des peines et du procureur de la République ; il ne ressort pas de la procédure que le chef d'établissement ait constitué un dossier de changement d'affectation conformément aux dispositions de l'article D 211-11 du code pénitentiaire ; il n'a fait l'objet d'aucune procédure contradictoire préalable en méconnaissances des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; la décision du 13 août 2024 est insuffisamment motivée ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa compagne réside à Marseille, soit à une distance d'environ 250 kilomètres de Béziers, ce qui entraîne des frais conséquents à chacune de ses visites au parloir ; elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle le prive de voir sa famille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 13 août 2024 le directeur interrégional des services pénitentiaires de Toulouse a affecté M. A, détenu au centre pénitentiaire de Béziers, au même centre au sein du quartier centre de détention. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de le transférer dans un établissement pénitentiaire proche de Marseille.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes enfin de l'article L 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, M. A fait valoir que l'exécution de la décision contestée est incompatible avec le maintien de ses liens familiaux dès lors que sa famille proche réside près de Marseille ce qui entraîne des frais de logement et d'essence conséquents pour sa compagne lorsqu'elle vient lui rendre visite. Cependant, et dès lors notamment qu'il résulte de l'instruction que M. A était initialement détenu au sein du centre pénitentiaire de Béziers, la décision du 14 août 2024 décidant de son affectation au sein de ce même centre pénitentiaire, quartier centre de détention, n'a pas entraîné de changement d'affectation géographique du requérant, ni, par conséquent, de changement dans les conditions permettant à sa famille de venir lui rendre visite. Dès lors, les circonstances invoquées par M. A ne suffisent pas à constituer des circonstances particulières permettant de caractériser la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Dès lors, en l'état de l'instruction, il n'apparaît pas que la situation du requérant revêtirait ainsi le caractère d'une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'ils contestent soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence prévue par ces dernières dispositions ne peut être regardée comme étant remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

6. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte des points précédents que la requête de M. A ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de la justice.

Fait à Montpellier, le 18 septembre 2024.

Le juge des référés,

J. Charvin

La République mande et ordonne au ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 septembre 2024.

La greffière,

L. Salsmann

Ls

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