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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405419

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405419

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMOULIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par Mme B C, ressortissante ukrainienne, afin de suspendre la décision implicite du préfet de l'Hérault refusant de renouveler son autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire. Le juge a constaté que la condition d'urgence était présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour. Cependant, il a relevé que la requérante était désormais titulaire d'une attestation de demandeur d'asile, ce qui lui conférait une situation régulière et faisait obstacle à ce que l'urgence soit caractérisée. En conséquence, la requête a été rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Moulin, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 10 septembre 2024 par laquelle le préfet de l'Hérault doit être regardé comme ayant refusé de lui renouveler son autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de 48 heures ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il y a urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision de rejet en litige dès lors qu'en l'absence de renouvellement de son titre de séjour, elle ne peut poursuivre son stage en entreprise lequel est nécessaire pour lui permettre de valider son diplôme de Master ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision implicite de refus qui est entachée :

. d'un défaut de motivation en droit,

. d'une incompétence de l'auteur de l'acte,

. d'une erreur de droit, dès lors qu'elle remplit les conditions pour obtenir, de plein droit, une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par l'effet de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le Conseil de l'Union Européenne a décidé de proroger pour une nouvelle période d'un an, jusqu'au 4 mars 2026, la protection temporaire accordée aux personnes déplacées en provenance d'Ukraine visées à l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382.

Par un mémoire, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur la requête qui n'est pas dirigée contre une décision mais une simple information,

- l'urgence n'est pas établie, la requérante étant en situation régulière en France,

- aucun doute sérieux n'entache la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la décision n°2024/1836 du 25 juin 2024 du Conseil de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, vice-président ;

- et les observations de :

- Me Moulin pour la requérante qui soutient en outre que la décision est aussi entachée d'un vice de procédure, car, titulaire d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire l'autorisant à travailler, il ne peut lui être seulement opposé, pour lui en refuser le renouvellement qu'elle ne justifie pas ne pas être en mesure de renter dans son pays d'origine au sens de la décision n°2024/1836 du 25 juin 2024 du Conseil de l'Union Européenne, alors que cette justification ne lui a jamais été demandé durant l'instruction de sa demande ;

- et de M. A, pour le préfet de l'Hérault.

Une note en délibéré a été enregistrée le 15 octobre 2024 pour la requérante, laquelle a été communiquée au préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. // Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du refus de renouvellement d'un titre de séjour.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par une décision révélée par l'information délivrée par messagerie le 10 septembre 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler l'autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'au 31 août 2024, délivrée à Mme C, ressortissante ukrainienne au titre de la protection temporaire, de sorte qu'il y a bien lieu de statuer sur les conclusions de la présente requête qui doivent être regardées comme dirigées contre la même décision en date du 25 septembre 2024 notifiée postérieurement, et qui s'est substituée à celle initialement attaquée.

4. Si l'intéressée est désormais bénéficiaire d'une attestation de demandeur d'asile en date du 22 août 2024, qui la place en situation régulière en France en lui ouvrant les droits sociaux correspondants, elle ne peut toutefois en tirer une autorisation de travailler. Par suite, alors que la requérante établit, par les pièces qu'elle produit, que cette situation fait, en l'état, obstacle à la poursuite du stage en entreprise qu'il lui incombe d'exécuter pour l'obtention de son diplôme de Master, l'urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision en litige est établie.

5. En l'état, le moyen tiré du vice de procédure pour l'application de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision implicite de refus en litige.

5. Il y a donc lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler l'autorisation provisoire de séjour dont bénéficiait Mme C au titre de la protection temporaire. Et ce constat implique, nécessairement, eu égard à la situation d'urgence de la situation de l'intéressée, que le préfet de l'Hérault réexamine la demande de l'intéressée et, dans l'attente, dans un délai n'excédant pas quinze jours à compter de la notification de la présente décision, lui délivre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

6. Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision en date du 10 septembre 2024 du préfet de l'Hérault est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de réexaminer la demande de Mme C dans un délai n'excédant pas sept jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée Mme B C, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Fait à Montpellier, le 15 octobre 2024.

Le juge des référés, La greffière,

E. Souteyrand A. Farell

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 15 octobre 2024.

La greffière,

A. Farell

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