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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405421

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405421

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan bénéficiaire de la protection subsidiaire, qui demandait la suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour. Le tribunal a retenu l'exception d'incompétence territoriale soulevée par le préfet de l'Hérault, estimant que la demande de titre de séjour relevait de la compétence du préfet de Paris, où l'intéressé était domicilié. En conséquence, la condition d'urgence n'a pas été examinée au fond, et les conclusions aux fins d'injonction et de frais irrépétibles ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 septembre et 15 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Moulin, doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ou son attestation de prolongation d'instruction ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte pluriannuelle " Protection subsidiaire " dans un délai de 8 jours et à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours ;

3°) de l'admettre au titre de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il y a urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision de rejet en litige dès lors qu'ayant pourtant obtenu la protection temporaire par décision du 18 août 2023 de l'OFPRA, il est désormais dépourvu de tout document justifiant de son droit au séjour et se trouve dans un état psychologique très faible ;

- la décision implicite de refus en litige, dont l'existence est matérialisée par le fait que, contrairement à ce que le préfet oppose, il a bien fait, en vain, toutes les diligences possibles sur le site de l'Anef pour valider son transfert d'adresse de Paris à Montpellier, et qu'en tout état de cause, il appartenait au préfet, en application de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de solliciter le transfert de son dossier auprès du préfet de police de Paris, fait naître un doute sérieux sur sa légalité en ce qu'elle est entachée :

. d'une violation de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à son statut de bénéficiaire de la protection temporaire ;

. d'une erreur de droit dès lors que, dans l'attente de la délivrance du titre de séjour, le renouvellement de l'attestation de prolongation de l'instruction est de plein droit,

. d'une erreur de fait, la préfecture de l'Hérault ayant été directement saisie des difficultés rencontrées et notamment de l'impossibilité d'enregistrer son changement de statut sur le site de l'Anef, le préfet de de l'Hérault est désormais responsable de sa demande de titre de séjour puisqu'il est depuis lors domicilié dans l'Hérault.

Par un mémoire enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

Le tribunal n'est pas territorialement compétent pour statuer sur la présente requête qui concerne une demande de titre de séjour dont l'instruction est pendante devant le préfet de police de Paris, commune dans laquelle le requérant demeure régulièrement domicilié.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, vice-président ;

- les observations de Me Moulin, pour le requérant et de M. B pour le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Si cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du retrait ou du refus de renouvellement d'un titre de séjour, il appartient en revanche au requérant, dans les autres cas, au nombre desquels figure le refus de première demande de titre, de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant afghan, a obtenu par décision du 18 août 2023 de l'OFPRA la protection temporaire et, à la suite de sa demande de carte de résident présentée le 30 août 2023 auprès du préfet de police de Paris, il a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 28 février 2024, prolongée le 6 juin 2024 jusqu'au 10 septembre 2024. Toutefois, le 6 août 2024, il a présenté sa demande de titre de séjour auprès du préfet de l'Hérault dès lors qu'il avait transféré son domicile à Montpellier, sans toutefois parvenir, à plusieurs reprises, à modifier son adresse sur le site l'Anef ainsi qu'il l'atteste notamment le 23 août suivant. Mais, le 22 août 2024, par message, le préfet de l'Hérault l'a informé de l'impossibilité d'instruire sa demande qui relèverait du préfet de police de Paris auquel il lui appartient de demande le transfert de son dossier dans l'Hérault. M. A doit être regardé comme demandant la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a, ainsi, implicitement rejeté sa demande de de titre de séjour ou son attestation de prolongation d'instruction.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est régulièrement domicilié dans l'Hérault depuis le 10 juin 2024, a déposé, le 6 août 2024, auprès du préfet de l'Hérault sa demande de titre de séjour en qualité de réfugié à laquelle il pouvait prétendre de plein droit. Par suite, alors même que l'instruction d'une première demande identique, en date du 30 août 2023, avait été initiée par le préfet de police de Paris, il incombait au préfet de l'Hérault de prendre en charge la nouvelle demande qui lui avait été présentée le 6 août 2024, date à laquelle l'intéressé avait informé ses services qu'il avait déjà élu domicile à Montpellier, nonobstant la circonstance qu'il n'avait pu formaliser son transfert d'adresse sur la plate-forme de l'Anef. Par suite, c'est à tort que le préfet oppose l'incompétence " rationae materiae " du Tribunal pour statuer sur la présente requête.

5. M. A, alors qu'il bénéficiait, par décision du 18 août 2023 de l'OFPRA, de la protection temporaire, se trouve privé d'une situation régulière au regard de son droit au séjour en France depuis le 11 septembre 2024, date de l'expiration de la décision de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour temporaire par le préfet de Police de Paris. Il établit donc l'urgence à ce qu'il soit statué sur la présente requête en référé suspension.

6. En l'état, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard au statut de bénéficiaire de la protection temporaire de M. A est de nature à créer un doute sur la légalité de la décision en litige.

7. Il y a donc lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté la demande de titre de séjour déposée le 6 août 2024 par M. A sur le site de l'Anef.

8. Cette suspension implique nécessairement que le préfet se prononce sur la demande de titre de séjour de M. A et, dans l'attente, lui délivre un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la notification de la présente décision.

9. Il y a lieu d'admettre M. A à l'aide juridictionnelle provisoire.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme en application des dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a implicitement rejeté la demande de titre de séjour, déposée le 6 août par M. A, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de se prononcer sur la demande de titre de séjour de M. A et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Fait à Montpellier, le 15 octobre 2024.

Le juge des référés, La greffière,

Signé Signé

E. Souteyrand A. Farell

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 octobre 2024.

La greffière,

A. Farel

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