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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405448

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405448

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, M. C, représenté par Me Badji-Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 ou L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de droit car le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

-il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles 3, 7, 8 et 9 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, en ce qu'il ne reconnaît pas les liens privés et familiaux exclusivement établis sur le territoire français et qu'il entraînerait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Pitel-Marie, substituant Me Badji-Ouali, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né en 1980, a sollicité le 6 février 2023 le renouvellement de son titre de séjour " étranger malade ". Par arrêté du 28 mars 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, il résulte de l'arrêté en litige que le préfet de l'Hérault a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. B, de nationalité arménienne, a déclaré une date d'entrée en France en 2018, qu'il y a déposé une demande d'asile, et a obtenu une autorisation de séjour d'abord provisoire puis un titre de séjour en qualité " d'étranger malade " et ce jusqu'au 24 mars 2023. Le préfet relève que dans le cadre du renouvellement de sa demande de titre, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé dans son avis du 26 juin 2023 que sa pathologie nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Enfin, il mentionne que M. B est marié et a un enfant en bas-âge. L'arrêté comporte donc les motifs de fait et droit qui en constitue son fondement, et est par suite suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, d'une part la circonstance que le préfet a relevé que l'épouse et l'enfant de l'intéressé résidaient en Arménie alors même qu'ils étaient en France et avaient déposé une demande d'asile, ne saurait révéler un défaut d'examen du préfet dès lors qu'il n'est pas démontré que M. B ait fait état de leur présence sur le territoire national au soutien de sa demande de titre. D'autre part, la circonstance qu'il ait produit à l'appui de son recours gracieux, un certificat médical établi le 24 mai 2024 par un médecin psychiatre faisant état d'une dégradation de son état de santé depuis l'avis du collège de l'OFII ne révèle pas davantage un défaut d'examen du préfet dès lors qu'il ne démontre ni même n'allègue que cette dégradation ait pu avoir une quelconque incidence sur l'indication thérapeutique et partant sur l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui, il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Dans son avis du 26 juin 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il existe un traitement approprié dans son pays d'origine dont il peut effectivement bénéficier et qu'il peut voyager sans risque pour sa santé. M. B, qui a levé le secret médical, révèle qu'il souffre d'une schizophrénie ancienne avec des symptômes productifs hallucinatoires, d'un syndrome de stress post-traumatique, présente un diabète de type 1, d'une rétinopathie diabétique et d'une neuropathie périphérique. Si l'intéressé se prévaut d'une absence de traitement approprié à ses multiples pathologies, il ne le démontre pas en se bornant à produire le rapport de l'organisation suisse d'aide aux étrangers sur la situation de la prise en charge en Arménie de 2019 qui explicite la possibilité d'un accès gratuit aux traitements psychiatriques notamment à Erevan ainsi que par la seule mention du rapport Santé Arménie 2022. Par suite, le requérant ne contestant pas suffisamment l'appréciation portée par les médecins de l'OFII quant à l'existence d'un traitement approprié dans son pays d'origine, il n'est, ainsi, pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait, en refusant de l'admettre au séjour en France, méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

8. M. B se prévaut succinctement de ses pathologies multiples et de ses liens privés et familiaux exclusivement établis en France. Toutefois, il ne démontre pas, ce faisant, que ces considérations caractériseraient des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger "ne vivant pas en état de polygamie," qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

10. M. B se prévaut de ce que sa cellule familiale est désormais constituée en France. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié en Arménie et est devenu père d'un enfant né en Arménie en 2021, et que son épouse et son fils l'ont rejoint en France au second semestre 2022. Son épouse qui a sollicité l'asile en France est dépourvue de titre l'autorisant à y séjourner. En outre, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Arménie où il s'est marié et dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie, et où son épouse et son fils peuvent l'accompagner. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la faible ancienneté de la présence de sa famille sur le territoire, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. De même, l'arrêté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " L'article 7 de cette même convention précise : " 1. L'enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. ". Et l'article 9 indique : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit séparé de ses parents ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. L'arrêté attaqué n'a pas pour effet de séparer l'enfant de ses parents, ni de l'empêcher d'effectuer sa future scolarité dans le pays dont il a la nationalité. Le requérant ne justifie d'aucun obstacle qui s'opposerait à la reconstitution de la cellule familiale en Arménie. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'un retour du requérant et de son épouse en Arménie serait de nature à nuire au bien-être et à l'épanouissement de leur enfant. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît par les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2024, par lequel le Préfet de l'Hérault lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction et de remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de l'Hérault et à Me Badji-Ouali.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La rapporteure,

I. ALe président,

V. Rabaté

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 22 novembre 2024

La greffière,

B. Flaesch

sa

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