jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2405525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. C B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Gers la somme de 1 500 euros à verser à Me Pather au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entraîne des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales vu les risques qu'il encourt en cas de retour au Soudan ;
En ce qui concerne la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch :
Elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion compte tenu qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public et que sa vie privée et familiale se trouve aux côtés de son fils et sa compagne de nationalité française.
Par un mémoire, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il expose que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Crampe dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crampe, magistrate désignée,
- les observations de Me Solh, représentant M. B, présent et assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui reprend les conclusions et moyens de la requête soulevés par Me Pather et soutient en outre que l'arrêté l'empêche de reprendre des relations avec son enfant, qu'il a tenté à plusieurs reprises d'obtenir un droit de visite refusé par le juge des enfants, et que l'interdiction de retour sur le territoire français compromet ses chances de voir un jour son fils.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant soudanais né le 12 décembre 1991, déclare être entré en France en 2016. Après le refus opposé à sa demande d'asile, il a fait l'objet le 22 mai 2019 d'une obligation de quitter le territoire français par le préfet du Tarn. Le 21 janvier 2021, il a sollicité un titre de séjour en qualité de père d'un enfant français né le 10 juillet 2020. Un arrêté de refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans a été pris à son encontre le 16 juin 2021 par le préfet du Gers, confirmé par le tribunal administratif de Pau le 25 janvier 2022. Le 18 mars 2024 il a sollicité un nouvel examen de sa demande d'asile, demande que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejetée comme irrecevable le 2 avril 2024. Il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les textes dont il est fait application et relate les éléments de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé ainsi que ceux relatifs à sa situation personnelle et familiale comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est ainsi suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, Il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. Le préfet fait valoir en défense, sans être utilement contredit, que l'enfant de M. B a été placée auprès de l'aide sociale à l'enfance depuis sa naissance et que son père ne l'a jamais rencontré, d'une part. D'autre part, le préfet fait valoir la condamnation par le requérant à six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une obligation de soin et interdiction de reparaître au domicile de la mère de l'enfant pour des faits de violences conjugales commis le 12 décembre 2020. Alors qu'il ne ressort nullement des pièces du dossier une reprise de la vie commune, ou l'établissement de relations entre père et fils, dont M. B indique que le juge des enfants s'y oppose, et que M. B ne dispose d'aucun domicile ni d'aucune ressource, c'est sans méconnaitre sa vie privée et familiale ni conséquences d'une gravité exceptionnelle sur sa situation personnelle que le préfet du Gers a décidé son éloignement au moyen d'une obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 4 que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. En se bornant à invoquer qu'il risque des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Soudan, M. B n'établit pas encourir personnellement des risques dans son pays de nationalité.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 4 que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. D'une part, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans examine la situation de M. B au regard des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énumère la situation de l'intéressé au regard de chacun des critères, et elle est suffisamment motivée.
11. D'autre part, compte tenu de la présence de M. B en France depuis 2016, à l'état, évoqué au point 4, de ses liens familiaux en France, à l'édiction de deux précédentes mesures d'éloignement non exécutées et à quatre condamnation pénales relatées par le préfet, parmi lesquelles des faits d'escroquerie et des faits de violence commis sur sa compagne, le préfet du Gers n'a pas entaché sa décision de disproportion en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
12. Enfin, l'autorité administrative peut, à tout moment, et sous le contrôle du juge, abroger l'interdiction de retour lorsque l'étranger justifie résider hors de France, avec pour corollaire la suppression de la mention au fichier d'information Schengen, lui permettant ainsi de retourner dans l'un des Etat membre dudit accord. Ainsi, il est loisible à M. B, s'il souhaite pouvoir comme il l'invoque rencontrer son enfant en France, de solliciter l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français une fois qu'il aura justifié l'exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch :
13. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 4 que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. B ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions en injonctions et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet du Gers, à Me Pather et Me Solh.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La magistrate désignée,
S. Crampe
La greffière
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 septembre 2024.
La greffière,
C. Touzet
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