jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2405577 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DUNATE MATHILDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, M. D A, représenté par Me Dunate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination, avec interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et assignation à résidence ;
2°) de condamner le préfet des Pyrénées-Orientales au paiement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en mentionnant un délai de recours contentieux erroné ;
- en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
- le préfet a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en mentionnant un délai de recours contentieux erroné ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'établit pas, ni même ne mentionne, que sa présence constituerait une menace pour l'ordre public ;
- les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
Sur la décision d'assignation à résidence :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en mentionnant un délai de recours contentieux erroné ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'assignant à résidence à Perpignan, où il ne dispose d'aucune attache ni adresse, alors qu'il a un domicile à Sorgues (84) ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en mentionnant un délai de recours contentieux erroné ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Une pièce complémentaire a été présentée pour M. A, enregistrée le 13 novembre 2024, après la clôture d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Couégnat a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 23 novembre 1989, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, en fixant le pays de destination, l'a assigné à résidence pour une durée d'un an et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par Mme E B, cheffe du bureau de la migration et de l'intégration. Par un arrêté n. PREF/SCPPAT/2024114-0001 du 23 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. F C, directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l'effet de signer notamment les " décisions, actes, correspondances et documents relatifs () " à " la mise en œuvre des mesures concernant les étrangers en situation irrégulière : éloignement () ", l'article 2 de cet arrêté prévoyant qu'en cas d'absence ou d'empêchement de l'intéressé, cette délégation peut être exercée par la cheffe du bureau et de la migration, Mme E B. Par suite, et dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué que le directeur n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, et précise la situation administrative et le parcours du requérant, sur la base des informations dont le préfet avait connaissance à la date de son arrêté. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation des décisions contestées contenues dans l'arrêté du 25 septembre 2024 doit être écarté.
4. La circonstance que le préfet aurait commis une erreur s'agissant de la durée du délai de recours contentieux contre les décisions contestées, tel qu'il a été mentionné à la suite de l'arrêté, est sans incidence sur la légalité des décisions prises. Le moyen tiré de l'erreur de droit qui aurait ainsi été commise est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;() ". M. A, dont le passeport marocain est revêtu d'un visa Schengen Espagne de type C valable du 4 décembre 2019 au 17 mars 2020 et d'un timbre humide attestant son entrée en Espagne par bateau le 4 décembre 2019, n'est titulaire d'aucun titre de séjour. Il entrait ainsi dans le cas prévu au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet d'édicter une obligation de quitter le territoire français.
6. Les documents produits par M. A, à savoir une facture d'Engie du 1er juillet 2024, un avis d'imposition établi en juillet 2024 sur les revenus de l'année 2023 et deux attestations de particuliers, qui font valoir les qualités de l'intéressé et l'aide qu'il leur apporte, ne suffisent pas à établir la durée de sa présence alléguée sur le territoire ni la " réelle intégration sociale, culturelle et professionnelle " dont il se prévaut. M. A, célibataire et sans charge de famille, n'est pas isolé dans son pays d'origine, où il a déclaré que résident ses parents et sa sœur, et où il a lui-même vécu, au moins jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet des Pyrénées-Orientales aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but poursuivi par la mesure d'éloignement ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Il ressort des termes de l'arrêté que pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé, en application du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la circonstance qu'il existait un risque de fuite. Dès lors qu'il n'a pas fondé sa décision sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, M. A ne peut utilement soutenir que son comportement ne constituerait pas une telle menace. Le moyen invoqué est donc inopérant et doit être écarté.
8. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire n'est assorti d'aucune précision de nature à permettre au tribunal d'en comprendre la portée ni d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans :
9. Ainsi qu'il l'a été dit au point 6, M. A n'établit ni la durée de son séjour ni l'intégration dont il se prévaut sur le territoire français. Il ne conteste pas ne pas être isolé dans son pays d'origine, dans lequel le préfet a fait état de la présence de ses parents et de sa sœur. Dès lors et compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle évoqués au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle présenterait un caractère disproportionné.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence pour un an à Perpignan :
10. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;() ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie résider à Sorgues, à l'adresse qu'il avait déclarée lors de son audition, soit dans le département du Vaucluse. Dans ces conditions, la décision d'assignation à résidence, qui prévoit qu'il est assigné du 25 septembre 2024 au 24 septembre 2025 inclus, dans la commune de Perpignan, dans le département des Pyrénées-Orientales qu'il n'est pas autorisé à quitter, avec obligation se présenter aux services de la police aux frontières tous les jeudis, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à obtenir l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales en tant qu'il l'assigne à résidence pour une durée d'un an à Perpignan.
Sur les frais d'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement au requérant de la somme de 1 500 euros demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 septembre 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales est annulé, en tant qu'il porte assignation à résidence de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M D A et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couegnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La première conseillère,
M. Couégnat
La présidente,
F. Corneloup
La greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 novembre 2024
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026