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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405588

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405588

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBELLOULOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, M.D A, représenté par Me Belloulou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Gard du 26 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée en fait sur sa durée de présence en France et sa famille qui y réside ;

- il justifie pouvoir bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en raison de son entrée en France avant ses treize ans ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en France depuis ses 7 ans avec sa famille ;

la décision portant interdiction de retour d'une durée de trois ans :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lauranson, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lauranson ;

- les observations de Me Belloulou pour M. A, présent à l'audience qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, né le 22 septembre 2000 à Turin en Italie, de nationalité serbe, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet du Gard du 26 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Mme B C, directrice du service des migrations et de l'intégration, signataire de la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation du préfet du Gard du 14 mars 2024, publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Gard n° 30-2024-051. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. La décision attaquée, qui mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables ainsi que les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde est suffisamment motivée et n'avait en particulier pas à mentionner l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A.

5. Si M. A soutient pouvoir bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en raison de son entrée en France avant ses treize ans, il n'apporte aucun document permettant d'établir la date de son entrée en France et la continuité de sa résidence habituelle.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A soutient être présent de manière continue sur le territoire français depuis l'âge de 7 ans et y avoir sa famille. Toutefois, il n'a produit aucun document établissant la réalité de sa situation familiale, de son insertion professionnelle et de son intégration. Le requérant, qui est célibataire et sans enfant, n'établit pas qu'il serait isolé en cas de retour en Serbie. Il a été condamné par le tribunal judiciaire de Carcassonne le 8 octobre 2020 à une peine de 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants et conduite sans permis et sans assurance. Il a été condamné le 5 novembre 2021 par le tribunal correctionnel de Tarascon à une peine de 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour vol par effraction aggravé par une autre circonstance. Le 8 décembre 2022 il était condamné à 900 euros d'amende pour conduite sans permis et sans assurance en récidive par le tribunal judiciaire de Marseille. Le tribunal correctionnel de Nîmes le condamnait le 7 septembre 2023 à un an de prison avec mandat de dépôt pour des faits de vol par effraction en réunion et en récidive et conduite sans permis. Le 30 janvier 2024, le tribunal judiciaire de Marseille le condamnait à 6 mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans pour violence sur concubin. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour en France de M. A, la décision litigieuse ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'excède pas celle nécessaire à la défense de l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

10. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à de M. D A, à Me Belloulou et au préfet du Gard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 7 octobre 2024.

La greffière,

C. TOUZET

2405588

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