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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405635

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405635

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat PATER
Avocat requérantVICTOR TELES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024, M. A C, représenté par Me Teles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 204-66-1303 du 30 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ne résulte pas d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnait les dispositions de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la menace pour l'ordre public ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie personnelle et familiale ;

la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- méconnait les dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée en application des dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pater, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée des mesures d'éloignement.

.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater ;

- et les observations de M. C assisté de Me Teles et d'un interprète, M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 8 juin 1999, de nationalité algérienne a été interpellé le 30 septembre 2024 à la suite de sa remise au service de la police aux frontières du Perthus par les autorités espagnoles qui lui ont refusé l'entrée. Il était muni d'un passeport délivré par les autorités algériennes à Lyon le 28 août 2024 sur lesquels aucun visa Schengen n'était porté. Par arrêté n° 204-66-1303 du 30 septembre 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans. Son placement en retenue administrative par une décision du même jour, a été maintenu par ordonnance du juge des libertés du 4 octobre 2024. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production par le préfet de l'entier dossier :

4. Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

5. Par un arrêté du 23 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. E B, directeur de la citoyenneté et de la migration, à l'effet de signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne, avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et en particulier des éléments tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, à sa situation personnelle, familiale, sur le territoire français ainsi que celle dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoit que : " l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ". Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté par le requérant qu'il n'est pas entré régulièrement sur le territoire national et de dispose pas d'un titre de séjour valable, conditions suffisantes à justifier la mesure d'éloignement prise à son encontre. Dès lors, sont sans incidence, le fait qu'il souffre d'un handicap et ne constituerait pas une menace à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L.611-1 et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de la menace pour l'ordre public doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier, que M. C est célibataire, sans enfant et ne fait valoir aucune insertion personnelle ou professionnelle sur le territoire national. S'il se prévaut de la durée de son séjour en France, il ressort des pièces du dossier qu'arrivé dans l'espace Shengen en 2022, il réside davantage en Espagne et se rend en France pour se faire soigner et obtenir un passeport. S'il se prévaut également de la présence sur le territoire national de membres de sa famille, il n'en justifie pas et ne conteste pas ne pas être isolé en Algérie, ou il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside sa mère et des frères et sœurs. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs pour lesquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale du requérant doit être écarté.

12. Il résulte de ce l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".

14. Pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur les dispositions précitées retenant l'existence d'un risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire à raison de son entrée et de son maintien irrégulier dans l'espace Shengen depuis 2022 et du défaut de garantie de représentation. Si le requérant soutient avoir un hébergement à Lyon, il n'en justifie pas et est sans domicile fixe en France. Dans ces conditions, le risque de soustraction est caractérisé, et sont sans incidence le fait qu'il ait décliné son identité auprès des forces de police, ait remis l'original de son passeport et ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.

15. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

18. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. C de retourner sur le territoire national pour une durée de trois ans, le préfet, après avoir rappelé l'absence de délai de départ accordé, retient ses conditions d'entrée et de séjour dans l'espace Shengen, et l'absence d'attaches personnelles ou familiales en France. Sa décision n'est pas motivée par la menace pour l'ordre public ou l'existence d'une précédente mesure, ce qui ne constitue pas un défaut de motivation en l'absence de précédent et le préfet ayant décidé de ne pas retenir la menace. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des quatre critères doit être écarté.

19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, la décision par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

20. Il ressort des pièces du dossier, que M. C sans domicile fixe, sans attaches personnelles et familiales établies et sans marque d'intégration particulière, traverse depuis 2022 l'espace Shengen sans document de voyage, son passeport n'ayant été fait qu'en août 2024, souhaite retourner en Espagne qui a refusé son entrée, et n'a pas cherché à régulariser sa situation notamment au regard de sa santé. Par suite, quand bien même, il n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et que n'est pas retenue la menace pour l'ordre public, en fixant à trois ans, ce qui n'est pas la durée maximale, la durée de l'interdiction de retour prononcée contre l'intéressé, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de sa situation et de proportionnalité

21. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire doivent être rejetées.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Teles.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La magistrate désignée,

B. Pater

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 octobre 2024

La greffière,

B. Flaesch

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