lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2405696 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 octobre 2024 et 7 octobre 2024, Mme D A épouse B et M. C B, représentés par Me Kouahou, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 septembre 2024 par laquelle le préfet de l'Hérault a accordé le concours de la force publique à compter du 14 octobre 2024 aux fins de les expulser de leur logement situé 22 Avenue de Verdun à Pézenas ;
2°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'une procédure de surendettement est actuellement pendante devant la commission de surendettement de la Banque de France qui a déclaré recevable leur dossier par décision du 30 janvier 2024, ce qui devrait entrainer l'annulation par la cour d'appel de Montpellier, lors de l'audience du 28 janvier 2025, de l'ordonnance du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Béziers qui a prononcé la résiliation du bail dont ils disposaient ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : elle a été prise par une autorité incompétente ; elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de leur situation par le préfet ; le préfet a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 722-2 du code de la consommation dès lors que l'existence de la procédure de surendettement et la réception de la décision de recevabilité de la commission de surendettement empêchent que toute mesure d'exécution soit mise en œuvre avant la décision de la commission qui aménage lesdites dettes ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas pris en compte leur situation et qu'ils ont recommencé le paiement de l'intégralité de leur loyer depuis le mois d'avril 2024 révélant ainsi l'absence d'urgence à prononcer leur expulsion.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jérôme Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision du 27 septembre 2024 le préfet de l'Hérault a accordé au commissaire de justice représentant le bailleur, le concours de la force publique à compter du 14 octobre 2024 aux fins d'exécution de l'ordonnance rendue le 3 juin 2024 par le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Béziers et d'expulser M. et Mme B du logement situé au 22 Avenue de Verdun à Pézenas. Par la présente requête en référé, M. et Mme B demandent la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes enfin de l'article L 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1 ".
3. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour établir l'existence d'une situation d'urgence, M. et Mme B font valoir qu'une procédure de surendettement est actuellement pendante devant la commission de surendettement de la Banque de France qui a déclaré recevable leur dossier par décision du 30 janvier 2024 et qu'ainsi la cour d'appel de Montpellier, lors de l'audience programmée le 28 janvier 2025, devrait annuler l'ordonnance du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Béziers qui a prononcé la résiliation du bail dont ils disposaient. Cependant, les circonstances ainsi invoquées par les requérants ne suffisent pas à caractériser la nécessité pour eux de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Dès lors, en l'état de l'instruction, il n'apparaît pas que la situation des requérants revêtirait ainsi le caractère d'une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'ils contestent soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence prévue par ces dernières dispositions ne peut être regardée comme étant remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, qu'il y a lieu de rejeter, selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, les conclusions à fin de suspension présentées par M. et Mme B ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions relatives aux frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C et D B.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Montpellier, le 7 octobre 2024.
Le juge des référés,
J. Charvin
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 octobre 2024
La greffière,
L. Salsmann
N°2405696Ls
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