vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2405786 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | JACQUINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. E A, représenté par Me Jacquinet, demande au tribunal :
1°) avant dire droit, d'enjoindre au préfet de l'Aude de communiquer son dossier complet ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de procéder à un réexamen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a méconnu son droit d'être entendu ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas fondé ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée au regard des quatre critères prévus par les dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée, en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et en ce qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente procédure d'éloignement.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Dabouis, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dabouis ;
- et les observations de Me Jacquinet, assistant M. A, qui renonce aux moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'absence de fondement du défaut d'octroi d'un délai de départ volontaire, mais soutient, en outre, que le défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français révèle un défaut d'examen sérieux de la situation de M. A et que la décision d'interdiction de retour est entachée de trois erreurs de fait déterminantes sur la durée du séjour du requérant, présent sur le territoire depuis 2017, l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, et la caractérisation d'une menace à l'ordre public, les faits évoqués dans la procédure, sans la production de la fiche du traitement des antécédents judiciaires, n'ayant donné lieu à aucune suite pénale, étant mineurs et anciens ; que cette décision qui l'empêchera de revenir en France en qualité de parent d'enfant français porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 2 février 2002, de nationalité tunisienne, a été placé en retenue administrative le 6 octobre 2024 et a fait l'objet, à l'issue, d'un arrêté du 6 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté et formule des conclusions injonctives.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la production par le préfet de l'entier dossier :
4. Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. L'arrêté en litige est signé pour le préfet de l'Aude et par délégation, par M. B F, sous-préfet de Limoux. Par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties et visé dans l'arrêté, le préfet de l'Aude a accordé à M. B F, sous-préfet de Limoux, une délégation lui donnant compétence pour signer les décisions prises en matière d'éloignement des étrangers en situation irrégulière. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier des éléments tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, à sa situation personnelle déclarée lors de son audition par les services de police le 6 octobre 2024. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation révélant un défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
8. M. A fait état de la présence en France de son jeune frère, d'un oncle et de sa compagne enceinte. Toutefois M. A, qui a déclaré lors de son audition par les services de police le 6 octobre être sans domicile fixe, sans profession, célibataire et sans charge de famille, n'a pas fait état de la grossesse de son amie et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent ses deux sœurs. Les attestations produites par Mme D C, postérieurement à la décision contestée, ne suffisent pas, à elles seules, à établir que M. A serait père d'un enfant à naître en avril 2025. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un accueil et d'un accompagnement par le conseil départemental de l'Aude en qualité de mineur non accompagné puis de jeune majeur entre 2018 et 2020, il n'est pas démontré qu'il serait resté sur le territoire de manière continue. A le supposer même, il se serait maintenu en situation irrégulière sur le territoire depuis le 12 juin 2023, date d'expiration de son dernier récépissé de demande de titre. Il ressort par ailleurs de la procédure que le requérant est connu des services de police, trois mentions au traitement des antécédents judiciaires étant rapportées. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention précitée en l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
10. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire à trois ans, le préfet de l'Aude retient que M. A est entré irrégulièrement en France récemment, s'y maintient irrégulièrement, constitue une menace à l'ordre public et de l'existence d'une mesure d'éloignement antérieure. Dans ces conditions le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des quatre critères de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. Eu égard à sa situation personnelle rappelée au point 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis des erreurs de fait sur la durée et les conditions de son séjour ou la menace à l'ordre public qu'il représente. L'erreur de fait relative à la mention d'une précédente mesure d'éloignement est, quant à elle, dépourvue d'incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors qu'en fixant la durée de l'interdiction de retour à trois ans, qui n'est pas la durée maximale, le préfet de l'Aude n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation de M. A ou de proportionnalité, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de l'Aude et à Me Jacquinet.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La magistrate désignée,
E. Dabouis
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 11 octobre 2024
La greffière
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026