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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405823

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405823

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantVICTOR TELES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, M. A E C, représenté par Me Teles, commis d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a ordonné son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA).

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a spontanément remis aux autorités sa carte d'identité et une attestation d'hébergement.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée

- les observations de Me Teles, avocat commis d'office, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet de l'Hérault n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sénégalais né le 2 juin 2005, a été condamné le 28 juin 2023 par le tribunal judiciaire de Montpellier à quinze mois de prison pour des faits de " vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail et vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieur à 8 jours ". Cette peine a été assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans. M. C a fait l'objet le 12 avril 2024, d'un arrêté fixant le pays de destination à destination duquel il sera reconduit en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre. Le 28 septembre 2024, il a été placé au centre de rétention administrative de Sète. Postérieurement à ce placement, il a déposé une demande d'asile le 30 septembre 2024. Par un arrêté du 8 octobre 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a prononcé son maintien en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 17 octobre 2024.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme D B. Par un arrêté du 6 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme D B, cheffe de la section éloignement, aux fins de signer " tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet, qui a énoncé pour chacune des décisions, les considérations de droit et de fait sur lesquels il s'est fondé, n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du magistrat du siège du tribunal judiciaire exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement. D'autre part, aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2, demander l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur. () ".

5. M. C soutient que la demande d'asile qu'il a déposée le 30 septembre 2024 à 14 heures 25 ne présente pas un caractère dilatoire en faisant valoir que le préfet de l'Hérault ne pouvait se fonder, pour prendre la décision contestée, sur la seule circonstance que sa demande d'asile a été présentée postérieurement à son placement en rétention. Toutefois, M. C qui déclare être entré sur le territoire français en 2021 n'a présenté une demande de protection internationale qu'à compter de son placement en rétention administrative en 2024. Il ne fait valoir aucun élément circonstancié de nature à démontrer que sa demande d'asile présentée en rétention n'aurait pas pour seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Enfin, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault pouvait, sans commettre d'erreur de droit ni même d'appréciation, estimer que la demande d'asile de M. C avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement et, ainsi, ordonner son maintien en rétention.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet. ".

7. Le maintien en rétention administrative de M. C a été rendu nécessaire pour l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA, qui l'a rejetée par une décision en date du 17 octobre 2024 notifiée le 22 octobre 2022, et dans l'attente de son départ. M. C soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a spontanément remis aux autorités sa carte d'identité et une attestation d'hébergement. Toutefois, il relève de la seule compétence du juge des libertés et de la détention de se prononcer sur la nécessité de la rétention administrative d'un étranger pour la mise à exécution de la mesure d'éloignement dont cet étranger fait l'objet au regard des dispositions des articles L. 741-1 et L. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'appartient dès lors pas au tribunal de se prononcer sur l'appréciation portée par le préfet de l'Hérault sur le risque que le requérant se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement et sur la nécessité de son maintien en rétention, au regard notamment des garanties de représentation qu'il allègue.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. D'une part, M. C ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision en litige, du risque d'être exposé à des traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour dans son pays d'origine, cette décision n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourra être reconduit. D'autre part, M. C n'établit ni même n'allègue qu'il serait exposé à des traitements contraires à ces stipulations en raison de son maintien en rétention. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, l'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'OFPRA devant la cour nationale du droit d'asile (CNDA), juridiction devant laquelle, au demeurant, il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse, en le privant d'un recours suspensif devant la CNDA, méconnaitrait son droit à un recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2024 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1 er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E C et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La magistrate désignée,

P. Villemejeanne La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 octobre 2024

La greffière,

C. Touzet

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