mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2405943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CHNINIF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 16 et 17 octobre 2024, M. A D C, représenté par Me Chninif, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée identique à celui de son épouse ou à défaut valable un an, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée en se bornant à considérer qu'il ne peut bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour au motif qu'il peut bénéficier du regroupement familial ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'atteinte disproportionnée portée à ses droits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Didierlaurent,
- les conclusions de M. Sanson, rapporteur public,
- les observations de Me Chninif, représentant M. D C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, né le 1er juin 1984, de nationalité marocaine, est entré dans l'espace Schengen en dernier lieu le 26 mars 2016 sous couvert d'un visa italien. Il demande l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet par M. Bruno Berthet. Par un arrêté n° 2024120-001 du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Bruno Berthet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer " tous les actes, arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () " et notamment " tous les actes issus de la législation du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi M. B à signer l'arrêté portant refus de séjour, avec obligation de quitter le territoire français, pris à l'encontre de M. D C. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales a visé les textes dont il a été fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1997 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté retrace, de manière circonstanciée, le parcours de M. D C depuis son entrée sur le territoire français et énonce les raisons qui l'ont conduit à refuser sa demande de titre de séjour. L'arrêté mentionne notamment que l'intéressé ne peut prétendre remplir les conditions définies à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se voir admettre exceptionnellement au séjour dès lors que sa conjointe peut demander à bénéficier de son droit à être rejointe au titre du regroupement familial. L'arrêté indique en outre qu'il ne satisfait pas, en dépit du contrat à durée indéterminée à compter du 1er mars 2024 qu'il présente, d'une part, aux conditions de l'article L. 435-1 de ce code dès lors qu'il n'a pas travaillé de manière continue sur le territoire français et qu'il n'établit pas avoir travaillé légalement et, d'autre part, à celles de l'article 3 de l'accord franco-marocain faute de produire une autorisation de travail. Il indique enfin que M. D C ne démontre pas ne plus posséder d'attaches privées ou familiales au Maroc, être dans l'impossibilité de regagner temporairement son pays d'origine et que la décision n'a pas pour but de séparer définitivement l'intéressé du reste de sa famille. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.
5. En troisième lieu, s'il ressort des termes de l'arrêté attaqué que son auteur a indiqué que l'épouse de M. D C peut bénéficier du regroupement familial et que l'intéressé ne peut dès lors prétendre remplir les conditions définies à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des mêmes termes ainsi que des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen approfondi de l'ensemble de la situation de l'intéressé, de sorte qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait au regard de l'article
L. 435-1 de ce code, le préfet a nécessairement refusé de faire usage du pouvoir discrétionnaire prévu par cette disposition. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet se serait à tort estimé en situation de compétence liée doit être écarté.
6. En dernier lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. D C s'est marié le 17 octobre 2020 à Perpignan avec une ressortissante de sa nationalité, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 5 février 2008, et que deux enfants sont nés de cet union sur le territoire national le 13 septembre 2021. Si M. D C soutient résider sur le territoire national depuis plus de sept années et travailler depuis lors, il n'établit, par les pièces qu'il produit, n'avoir travaillé que pour les périodes du 13 septembre 2019 au 12 septembre 2020 puis à compter du mois de janvier 2024 et s'être investi en qualité de bénévole au cours des années 2016 et 2023. À supposer sa résidence habituelle établie en France depuis 2016 et sans que la continuité de son séjour soit par ailleurs établie, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu sur le territoire après un premier refus de regroupement familial par une décision du 2 juillet 2021 demandé par son épouse le 29 janvier 2021 et il ressort des termes de cette décision que le préfet des Pyrénées-Orientales a alors invité M. D C à regagner son pays d'origine afin que son épouse puisse déposer une nouvelle demande. Il n'est ni établi ni même allégué qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se recrée dans leur pays d'origine, où il est constant que résident toujours des membres de la famille de l'intéressé, ainsi qu'à ce que les enfants du couple y poursuivent leur scolarité. Dans ces conditions, à supposer même que la procédure de regroupement familial ne puisse aboutir, faute pour l'épouse du requérant de bénéficier de ressources suffisantes, la décision en litige ne méconnaît pas les stipulations précitées et c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de délivrer un titre de séjour à M. C.
9. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la mesure d'éloignement en litige aurait sur la situation personnelle et familiale de M. D C des conséquences d'une exceptionnelle gravité et serait ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D C dirigées contre l'arrêté du 19 septembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
M. Meekel, premier conseiller,
M. Didierlaurent, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
M. DidierlaurentLa présidente,
S. EncontreLa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 décembre 2024.
La greffière,
C. Arce0dl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026