jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2405982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HORTUS AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 30 octobre 2024, sous le numéro 2405981, M. C A, représenté par Me Joseph-Barloy, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la délibération du 15 mai 2024 par laquelle la commune de Brézilhac a préempté les parcelles cadastrées B 0111, B 0442 et B 0773, route de Mirepoix ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Brézilhac la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
Sur l'urgence, que :
- l'acquéreur évincé dispose d'une présomption d'urgence à l'égard de la décision portant exercice du droit de préemption sur la propriété qu'il devait acquérir ;
Sur le doute sérieux sur la légalité, que :
- le conseil municipal ayant délégué sa compétence au maire en matière de préemption, il ne pouvait prononcer la préemption litigieuse ;
- la décision litigieuse est tardive, n'ayant été transmise au notaire des parties à la vente que le 6 juin 2024 et n'ayant jamais été notifiée à ces dernières ;
- elle a, en tout état de cause, été retirée avec effet rétroactif par la délibération du 25 juin 2024 ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne correspond à aucun projet certain répondant à un intérêt général suffisant.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, la Commune de Brézilhac, représentée par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend à demander la suspension d'une décision qui a déjà fait l'objet d'une ordonnance de rejet le 11 octobre 2024, sans faire valoir d'élément nouveau ;
- la requête au fond dirigée contre la délibération du 15 mai 2024 est tardive et, par suite, irrecevable ;
- le requérant, qui occupe les parcelles préemptées en vertu d'un bail à ferme, ne justifie d'aucune urgence ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 25 juin 2024.
II. I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 30 octobre 2024, sous le numéro 2405982, M. C A, représenté par Me Joseph-Barloy, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la délibération du 25 juin 2024 par laquelle la commune de Brézilhac a préempté les parcelles cadastrées B 0111, B 0442 et B 0773, route de Mirepoix ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Brézilhac la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
Sur l'urgence, que :
- l'acquéreur évincé dispose d'une présomption d'urgence à l'égard de la décision portant exercice du droit de préemption sur la propriété qu'il devait acquérir ;
Sur le doute sérieux sur la légalité, que :
- le conseil municipal ayant délégué sa compétence au maire en matière de préemption, il ne pouvait prononcer la préemption litigieuse ;
- la décision du 15 mai 2024 est tardive, n'ayant été transmise au notaire des parties à la vente que le 6 juin 2024 et n'ayant jamais été notifiée à ces dernières ;
- elle a, en tout état de cause, été retirée avec effet rétroactif par la délibération du 25 juin 2024 ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne correspond à aucun projet certain répondant à un intérêt général suffisant.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, la Commune de Brézilhac, représentée par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend à demander la suspension d'une décision qui a déjà fait l'objet d'une ordonnance de rejet le 11 octobre 2024, sans faire valoir d'élément nouveau ;
- la requête au fond dirigée contre la délibération du 15 mai 2024 est tardive et, par suite, irrecevable ;
- le requérant, qui occupe les parcelles préemptées en vertu d'un bail à ferme, ne justifie d'aucune urgence ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 25 juin 2024.
Vu :
- la requête enregistrée le 25 septembre 2024 sous le n° 2405538, par laquelle M. A demande l'annulation de la délibération du 25 juin 2024 ;
- la requête enregistrée le 16 octobre 2024 sous le n° 2405950, par laquelle M. A demande l'annulation de la délibération du 15 mai 2024 ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sanson, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 30 octobre 2024 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Sanson, juge des référés,
- les observations de Me Joseph-Barloy, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Mer, accompagné du maire de la commune de Brezilhac, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a signé le 15 mars 2024 un compromis de vente en vue d'acquérir les parcelles cadastrées B 0111, B 0442 et B 0773, sises route de Mirepoix à Brézilhac. Par délibération du 15 mai 2024, notifiée au notaire du compromis de vente, le conseil municipal de Brézilhac a décidé de préempter ces parcelles. Si le conseil municipal a pris une délibération le 25 juin 2024, qui prévoit qu'elle "annule et remplace" la délibération du 15 mai 2024, cette seconde délibération reprend l'intégralité des dispositions de la première et n'a d'autre objet que de la motiver conformément aux dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme. Elle ne constitue, dès lors, qu'une décision modificative de la première préemption, qu'elle n'a eu ni pour objet, ni pour effet de retirer.
2. Les requêtes susvisées, par lesquelles M. A demande la suspension de l'exécution des délibérations des 15 mai et 25 juin 2024, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur la recevabilité :
3. En premier lieu, si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, elles sont, compte tenu de leur caractère provisoire, dépourvues de l'autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que le même requérant saisisse ce juge d'une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu'ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine. Une telle demande trouve son fondement non dans les dispositions de l'article L. 521-4, qui ne sauraient être utilement invoquées lorsque le juge des référés a rejeté purement et simplement une demande aux fins de suspension, mais dans celles de l'article L. 521-1.
4. Il s'ensuit que M. A est recevable à présenter une nouvelle fois des conclusions tendant à la suspension de la délibération du 25 juin 2024, alors mêmes qu'elles ne seraient étayées par aucun élément nouveau par rapport à la précédente instance.
5. En second lieu, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
6. Il est constant que la délibération du 15 mai 2024 n'a pas été notifiée à M. A. Il n'est pas établi qu'il en aurait acquis connaissance, notamment en sa qualité de conseiller municipal, avant l'instance qu'il a introduite le 26 septembre 2024 afin d'obtenir la suspension de la délibération du 25 juin 2024, ni, à supposer que tel soit le cas, qu'il aurait acquis connaissance des voies et délais de recours contre cette délibération du 15 mai 2024. Par conséquent, et dès lors que sa requête en annulation a été introduite avant l'expiration du délai raisonnable mentionné au paragraphe précédent, la fin de non-recevoir opposée aux conclusions à fin de suspension et tirée de la tardiveté de la requête au fond doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de suspension :
7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code de justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
En ce qui concerne l'urgence :
8. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets à l'égard du vendeur du bien préempté, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision au motif qu'elle porte préjudice à ses intérêts. Il peut toutefois en aller autrement au cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. A ce titre, il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
9. En l'espèce, la commune de Brézilhac n'établit ni qu'une urgence particulière s'attacherait à ce qu'elle acquière rapidement les parcelles préemptées, ni qu'une autre circonstance justifierait que la présomption d'urgence dont bénéficie M. A soit renversée.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des délibérations attaquées :
10. Il résulte des articles L. 2122-22 et L. 2122-23 du code général des collectivités territoriales que lorsqu'il a délégué au maire l'exercice des droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, le conseil municipal doit être regardé comme s'étant dessaisi de sa compétence et ne peut plus, par suite, légalement exercer lui-même le droit de préemption, sauf en cas d'empêchement du maire.
11. Dès lors que par délibération du 25 mai 2020, le conseil municipal a délégué au maire, sur le fondement des dispositions précitées, la compétence pour exercer les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, et alors qu'il n'est pas allégué que le maire aurait été empêché, les délibérations attaquées des 15 mai et 25 juin 2024 ont été prises par une autorité qui ne disposait plus du pouvoir de les édicter. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du conseil municipal pour exercer le droit de préemption urbain sur le territoire de la commune est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des délibérations attaquées.
12. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme que les propriétaires qui ont décidé de vendre un bien susceptible de faire l'objet d'une décision de préemption doivent savoir de façon certaine, au terme du délai de deux mois imparti au titulaire du droit de préemption pour en faire éventuellement usage, s'ils peuvent ou non poursuivre l'aliénation entreprise. Dans le cas où le titulaire du droit de préemption décide de l'exercer, les mêmes dispositions, combinées avec celles des articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales, imposent que la décision de préemption soit exécutoire au terme du délai de deux mois, c'est-à-dire non seulement prise mais également notifiée au propriétaire intéressé et transmise au représentant de l'Etat. La réception de la décision par le propriétaire intéressé et le représentant de l'Etat dans le délai de deux mois, à la suite respectivement de sa notification et de sa transmission, constitue, par suite, une condition de la légalité de la décision de préemption.
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué, que la délibération du 15 mai 2024 aurait été notifiée aux parties à la vente avant le 6 juin 2024, date à laquelle le notaire atteste en avoir été destinataire, soit plus de deux mois après la réception par les services communaux le 26 mars 2024 de la déclaration d'intention d'aliéner. Le moyen tiré de la tardiveté de la notification de la décision est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 15 mai 2024.
14. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par M. A n'est susceptible de fonder la suspension de ces délibérations au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Brezilhac une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions de cet article font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune sur le même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution des délibérations des 15 mai et 25 juin 2024 par lesquelles le conseil municipal de la commune de Brezilhac a préempté les parcelles cadastrées B 0111, B 0442 et B 0773 est suspendue.
Article 2 : La commune de Brezilhac versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à la Commune de Brézilhac et à Mme B D.
Fait à Montpellier, le 4 novembre 2024.
Le juge des référés,
P. Sanson
La greffière,
L. Rocher La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 novembre 2024
La greffière,
L. Rocher
N° 2405981, 2405982 lr
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026