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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405994

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405994

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, M. A... D..., représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de l’Hérault a refusé de lui renouveler son titre de séjour « étudiant », l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d’office ;

d’enjoindre au préfet de l’Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la décision à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer un récépissé, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Bazin en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 26 novembre 2024, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.


Il soutient qu’aucun des moyens invoqués n’est fondé.


M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;
- et les observations de Me Bazin, représentant M. D....



Considérant ce qui suit :

1. M. D..., ressortissant gabonais né en 1998, est entré en France le 5 août 2016 sous couvert d’un visa étudiant. Il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de l’Hérault a refusé de lui renouveler son titre de séjour « étudiant », l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d’office.



En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. L’arrêté contesté comporte les éléments de fait et les bases légales sur lesquels le préfet a fondé sa décision, relevant notamment, après avoir rappelé le parcours universitaire de l’intéressé, l’absence de présentation d’une inscription au titre de l’année 2023/2024. L’arrêté retrace également les éléments pertinents de la situation personnelle du requérant, par des mentions qui ne présentent pas un caractère stéréotypé. Ces mentions, qui satisfont aux exigences de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration et de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ont permis au requérant de comprendre et de contester les motifs de la décision. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’arrêté contesté doit donc être écarté, alors même que le préfet n’aurait pas fait état de l’ensemble des pièces versées par M. D... à l’appui de sa demande justifiant de ses candidatures en master.


3. Aux termes de l’article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : « Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d’effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l’autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l’article 4, justifier d’une attestation d’inscription ou de préinscription dans l’établissement d’enseignement où s’effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d’existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d’existence suffisants (…) ». Aux termes de l’article 12 de la même convention : « Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l’application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l’entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ».


4. Il résulte des stipulations précitées que la situation des ressortissants gabonais désireux de poursuivre des études supérieures en France est régie non par les dispositions équivalentes du premier alinéa de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile mais par les stipulations de l’article 9 de la convention franco-gabonaise, pour l’application desquelles, il appartient à l’autorité administrative, saisie d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour présentée en qualité d’étudiant, d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l’assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.


5. Il ressort des pièces du dossier que M. D... est entré en France en août 2016 pour y poursuivre ses études supérieures. Inscrit en première année de licence d’économie à l’université de Montpellier au titre de l’année 2016/2017, il a bénéficié d’un premier titre de séjour pluriannuel valable jusqu’au 5 septembre 2019. Il se réoriente en 2019, après deux échecs successifs en deuxième année de licence, pour s’inscrire en première année de licence Droit, économie, mention AES, à l’université de Nîmes. Il obtient son diplôme de licence à l’issue de l’année universitaire 2022/2023. Pour refuser de faire droit à sa demande de titre étudiant, le préfet de l’Hérault s’est fondé sur l’absence de sérieux dans les études poursuivies compte tenu du caractère limité de la progression de M. D... ainsi que sur l’absence de justification d’une inscription universitaire au titre de l’année 2023/2024. Pour contester ces motifs, le requérant fait valoir que sa réussite au diplôme de licence démontre une progression dans ses études. Cette progression, certes lente, établit le caractère réel des études suivies par l’intéressé. Cependant, en se bornant à faire état de ses candidatures et des nombreuses décisions de refus d’admission en master, le requérant ne justifie d’aucune attestation d’inscription ou de préinscription dans un établissement d’enseignement telle que requise par les stipulations de l’article 9 de l’accord franco-gabonais citées au point 3. Par suite, et dès lors qu’il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu’être écarté.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

6. La décision contestée est signée, pour le préfet de l’Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2023-10-DRCL-4777 du 9 octobre 2023, régulièrement publié, le préfet de l’Hérault a donné délégation à M. B... à l’effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l’Etat dans le département de l’Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte attaqué doit être écarté.


7. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; (…).


8. M. D... fait valoir qu’il est présent en France depuis 2016 où il a développé des liens amicaux très intenses, et où il vit avec sa concubine. Toutefois, il est entré et a séjourné sur le territoire français en qualité d’étudiant, ce qui ne lui donne pas vocation à s’installer durablement en France. Il ne démontre pas vivre en concubinage et ne rapporte aucune circonstance qui l’empêcherait de poursuivre sa vie de couple hors de France, notamment dans son pays d’origine, où il ne soutient pas être dépourvu d’attaches et où il a vécu jusqu’à ses dix-huit ans. Il ne justifie enfin d’aucune insertion particulière dans la société française, notamment professionnelle. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de l’Hérault l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.


9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D... tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 15 avril 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.



DECIDE :



Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D..., au préfet de l’Hérault et à Me Bazin.


Délibéré à l’issue de l’audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le président-rapporteur,
J. Charvin

La greffière,
L. Salsmann
L’assesseur le plus ancien,
M. C...


La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 décembre 2024,
La greffière,



L. Salsmann

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