jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2406019 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD GABRIELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024, Mme A C, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du le code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le refus de séjour méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- il porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en n'étudiant pas la possibilité d'une mesure de régularisation ;
- la mesure d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive faute de preuve du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Postérieurement à la date de la clôture de l'instruction, un mémoire a été enregistré le 2 décembre 2024 pour Mme C et n'a pas été communiqué.
Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bayada a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 1er janvier 1997, est entrée en France via l'Espagne le 31 janvier 2019 sous couvert d'un visa Schengen Espagne de type C à entrées multiples 15 jours valable du 16 janvier au 15 février 2019. A l'expiration de son visa, la requérante s'est maintenue sur le territoire français. Elle a obtenu, à la suite de son mariage avec M. B le 31 mars 2021, un certificat de résidence en qualité de conjoint de français, valable du 29 juin 2022 au 28 juin 2023. Le 25 mai 2023, elle a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence. Par un arrêté du 8 août 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé le renouvellement sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. Par une décision du 2 décembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre époux ". Si un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au renouvellement du titre de séjour lorsque l'étranger a subi des violences conjugales et que la communauté de vie a été rompue, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, et notamment des violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. En premier lieu, et contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet des Pyrénées-Orientales a expressément refusé de régulariser sa situation après avoir pris en compte les violences conjugales qu'elle dénonçait. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En deuxième lieu, Mme C soutient que la communauté de vie avec son époux a cessé le 31 août 2021 et qu'elle aurait subi des violences conjugales commises le même jour par son époux. Elle se prévaut de la plainte qu'elle a déposée le 8 septembre 2021. Mais, cette plainte, qui a été classée sans suite le 18 novembre 2021, n'est corroborée par aucun élément probant, les attestations qu'elle produit émanant de proches ou de membres de sa famille sont peu circonstanciées. Par ailleurs, alors que Mme C a sollicité le prononcé d'un divorce pour faute en se prévalant notamment de ces violences, cette demande a été rejetée par le juge aux affaires familiales, qui a prononcé le divorce entre les époux par un jugement du 12 juillet 2023. Et les photographies et captures d'écran versées aux débats, similaires à celles produites à l'appui de la demande de divorce, qui représente son époux debout dans un appartement ainsi que son beau-père se tenant le bas du dos ne suffisent à établir la réalité des violences dont la requérante soutient avoir été victime. Il en va de même de la photographie d'un hématome sur la jambe produite à l'appui du certificat médical établi en septembre 2021 à sa demande qui constate, il est vrai la présence d'un tel hématome, mais se borne à rapporter ses propres déclarations, en mentionnant une agression, sans plus de précision. Ainsi, le préfet, n'a commis ni d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation eu égard à des faits de violences conjugales dont elle aurait été victime.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " ; et aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
6. La requérante se prévaut de son entrée sur le territoire français en 2019 munie d'un visa et de ce qu'elle a été mariée avec un ressortissant français dont elle a été victime de violences conjugales, et précise qu'elle a depuis eu un enfant avec un ressortissant algérien dont elle est séparée. Si la mère de Mme C réside en France, la requérante n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Par ailleurs, bien qu'elle soit devenue mère d'une petite fille née le 7 octobre 2023, elle est séparée du père de l'enfant, qui ne contribue pas à l'entretien et l'éducation de cette dernière, et rien ne fait obstacle à ce qu'elle retourne en Algérie avec sa très jeune fille. Mme C, qui ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulière, n'établit pas qu'elle aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas méconnu le droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 6-5° de la convention franco-algérienne et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, l'exception soulevée par Mme C doit être écartée.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Si Mme C soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, car elle craint subir des représailles dans son pays d'origine au regard de sa situation de mère célibataire, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que les risques invoqués seraient de la nature de ceux relevant des dispositions et stipulations précitées.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 8 août 2024 du préfet des Pyrénées Orientales.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour à Mme C ni le réexamen de sa demande. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de prendre, sous astreinte, de telles mesures doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à Me Summerfield et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
A. Bayada Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 décembre 2024.
La greffière,
M-A Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026