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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406059

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406059

samedi 26 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406059
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMISSLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2024, Mme C B, représentée par Me Misslin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'indiquer un lieu d'hébergement pour sa famille dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut, à lui verser la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que sa famille, qui réside régulièrement en France, a été expulsée au début du mois d'octobre du logement qu'elle occupait à la suite de la notification d'un congé pour vente et est dépourvue d'hébergement ; toutes les démarches qu'elle a effectuées pour trouver un logement dans le parc locatif privé ou une solution d'hébergement se sont avérées infructueuses, malgré les sollicitations des travailleurs sociaux qui accompagnent sa famille ; son compagnon est contraint de dormir dans sa voiture, elle est hébergée ponctuellement par certaines de ses connaissances mais dort également dans la voiture avec sa fille, âgée de sept ans, lorsqu'elle ne trouve aucune autre solution ; sa famille appelle le 115 tous les jours afin de se voir proposer une solution d'hébergement, sans succès ; sa fille souffre de problèmes gastriques et doit subir des examens dans les prochaines semaines ;

- la carence de l'Etat dans sa mission d'assurer le droit à l'hébergement d'urgence viole les dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à un hébergement d'urgence pour les personnes sans abri en détresse et le droit à la dignité humaine.

Le préfet de l'Hérault n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre, juge des référés,

- et les observations de Me Misslin, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de désigner un lieu d'hébergement pour sa famille.

2. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse. L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () " et selon l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. Il résulte de l'instruction que le préfet de l'Hérault a accordé le concours de la force publique à compter du 10 octobre 2024 pour procéder à l'expulsion de la famille de

Mme B du logement qu'elle occupait, le bailleur ayant notifié un congé pour vente, et les attestations produites au dossier, établies par des éducateurs spécialisés, attestent de ce que la famille est dépourvue de logement, le compagnon de Mme B dormant dans sa voiture et Mme B, qui travaille en tant qu'aide à domicile, étant parfois hébergée, avec sa fille âgée de sept ans, par une de ses clientes à Lattes. Mme B justifie en outre, par les pièces produites au dossier, des démarches qu'elle a entreprises pour trouver un logement dans le parc locatif privé, toutefois sans succès, alors même qu'elle travaille ainsi que son compagnon, qui est titulaire d'un contrat à durée indéterminée. Il ressort également de l'instruction que le couple a répondu à des offres de logement sur la plateform AL'In et sollicité un logement temporaire auprès du service social d'action logement. Mme B et son compagnon se sont également rendus à plusieurs reprises dans des ateliers individuels de recherche de logement, durant lesquels ils ont pu contacter des agences et répondre à des annonces de logement. Enfin,

Mme B justifie, par le certificat d'appels établi par le service intégré d'accueil et d'orientation le 18 octobre 2024 produit au dossier, avoir contacté régulièrement le 115 depuis le 24 septembre 2024, un travailleur social ayant également adressé un courriel à ce service le 15 octobre 2024 pour l'alerter sur la situation de cette famille, l'enfant souffrant d'une pathologie gastrique qui nécessite des soins. Au vu de ces éléments et en l'absence d'observations présentées en défense par le préfet de l'Hérault pour démontrer qu'il aurait accompli les diligences nécessaires pour rechercher, au regard des moyens dont dispose le service de veille sociale, la possibilité d'assurer l'hébergement de sa famille, Mme B justifie d'une situation d'urgence et d'une atteinte grave et manifestement illégale portée au droit de sa famille à l'hébergement d'urgence.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de Hérault de désigner à Mme B un lieu d'hébergement d'urgence susceptible d'accueillir sa famille dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros réclamée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de désigner à Mme B un lieu d'hébergement d'urgence susceptible d'accueillir sa famille dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au préfet de l'Hérault et à Me Misslin.

Fait à Montpellier, le 26 octobre 2024.

La juge des référés,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 octobre 2024

La greffière,

M. A

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